Publié par : chemou | 20 août 2020

Ἥρα

Je ne sais pas si cela est dû au fait qu’en ce moment je navigue plus dans le système grec qu’égyptien mais j’ai l’impression que mon esprit s’adapte automatiquement en transposant au mieux d’un système à l’autre ce qui le travaille. En ce moment mon esprit s’écartèle entre Isis et Héra. Je vais commencer par la première, non pas parce qu’elle est la plus célèbre (c’est le cas je pense) mais parce qu’on va dire que je l’ai côtoyé plus longtemps.

Historiquement il semble qu’elle soit née, à l’instar de sa fratrie, plus ou moins en même temps que l’Égypte était unifiée. Le cycle mythique osirien devait être le socle mythologique justifiant la monarchie divine embrassant nouvellement l’ensemble des Deux-Terres. Dans ce cycle, et par son nom même, Isis est la Reine (elle est le trône). Elle donne un héritier à son royal époux (post-mortem mais on s’en fou on est chez les dieux), et aide ce dernier à vaincre son Ennemi (Seth) pour récupérer le trône. Toute sa juridiction divine, qui n’a cessé d’aller en s’élargissant, trouve sa source dans ce fait (dans le cadre culturel de l’ancienne Égypte).

Du côté de Héra ce n’est pas du tout la même limonade. Pour ce qui est de son nom le flou règne mais plusieurs hypothèses ont été émises, et elles ne s’excluent pas forcément les unes les autres :

  • Ἥρα a été rapproché de ἥρως (héro), ce qui expliquerait son action de « testeuse » / justificatrice de héros (mais aussi de divinités). A noter que Ἡρακλῆς signifie : gloire, renommée de Héra ;
  • Il y a également l’hypothèse de ὥρα, qui a donné les Heures mais qui peut s’étendre à toute période de temps plus ou moins longue, même au temps de vie, au « bon temps » (ou temps adéquat pour quelque chose). A noter que mythologiquement Héra n’est pas la mère des Heures mais il s’agit de Thémis ;
  • Enfin il y a l’hypothèse de ἐρατή qui signifie aimable, parce que Zeus aurait épousé Héra par amour pour elle.

Je me demande même si ce flou n’est pas intentionnel, comme pour indiquer que la sphère d’action de la déesse se niche au centre de ces trois activités. Ensuite elle n’a pas été la première femme (officielle) de Zeus mais la dernière. Et même si Osiris aurait eu une aventure avec Nephtys (soeur-jumelle d’Isis, tellement jumelle que l’une est le Trône et l’autre le Palais), Zeus a eu une palanquée d’histoires, et ses partenaires vont de la déesse à l’humaine. Selon mes informations (#wikipedia), lorsque le mariage du dieu et de la déesse fut célébré, « All of nature burst into bloom … and many gifts were exchanged ». Elle serait donc la déesse du mariage secondairement à être la déesse de la « bonne saison ». Mais peut-être que ce pouvoir sur le mariage n’est qu’une extension dans le domaine civique du pouvoir de la déesse : le mariage est, pour une femme comme pour un homme, une portion de son temps de vie obligatoire pour la survie de la société grecque antique.

Comme dit dans un article précédent sa descendance renseigne sur elle-même, et les symboles qui lui sont attribués imagent tous les rôles qu’elle peut endosser, de la déesse de la fertilité, reine, ou même farouche voir mortellement dangereuse. Par contre la dernière fois je n’avais pas du tout parlé de ses épithètes/épiclèses :

χρυσόθρονοςAu trône d’or De χρῡσός : or, quelque chose de cher, précieux Et θρόνος : siège, trône
ἈλέξανδροςProtecteur des Hommes De ἀλέξω : tenir à l’écart, défendre, garder, protéger, aider, récompenser Et ᾰ̓νήρ : homme, mari, Homme
ΑἰγοφάγοςMangeur de chèvreDe αἴξ : chèvreEt φάγος : mangeur, glouton
ἈμμωνίαÉpithète de Héra en Élis, justifié par la forme tardive de Zeus-Ammon
ἈργείαArgienneDe Ἄργος, la cité. Pourrait être relié à ἀργός : blanc, brillant, prompt, rapide
ΒασίλειαReine, mais aussi princesse, femme nobleDe βᾰσῐλεύς : chef, maître, roi, seigneur, patron
ΒουναίαCelle du MontDe βουνός : colline, hauteur, monticule, autel, caillot de sang
ΒοῶπιςAux yeux, ou à la face de vacheDe βοῦς : vache, bétail, bovin de trait, bouclierEt ὤψ : œil, oculaire, sur la face
ΛευκώλενοςAux bras blancsDe λευκός : brillant, luisant, blanc, clair, faible, couard, juste, joyeux, heureuxEt ὠλένη : coude, avant-bras, tapis, matelas
ΠαῖςEnfant, mais aussi fils, fille, enfant, jeune personne, esclave, serviteur
ΠαρθένοςViergeDe παρθένος : virginal, chaste
ΤελείαDu mariageDe τελεία : arrêt completDe τέλος : accomplissement, perfection, consommation, résultat, produit, fin, mort, frontière, extrémité, pouvoir suprême, magistrat, devoir, taxe, propriété personnelle, rang, classe, unité de soldats, initiation, mystère, cérémonie religieuse
ΧήρηVeuve

En regardant ces épithètes on voit que la polysémie règne et que, comme pour les étymologies possibles de son nom, les pistes sont nombreuses et variées. Déjà son statut de reine est confirmé, de même que celui de protectrice des femmes dans toute la diversité de leurs statuts. Mais elle protège également les hommes, quoi que l’épithète en question soit ambigu. De même, sa nature céleste est indiquée et même détaillée. Son épithète la reliant à la vache reste mystérieux, car pas forcément lié au domaine de la fertilité, même si apparemment il s’agit d’un de ses plus anciens visages attestés en Grèce. Pour finir, son épithète de téléia est vraiment intéressant.

Lui étant attribué pour son rôle de protectrice du mariage, j’imagine qu’il lui a été accordé car le mariage est l’accomplissement social de la femme grecque antique. Sauf que le sens de télos, base étymologique, est infiniment plus riche. Il peut être relié au mythe d’Hercule et au rôle valideure de nature divine de la déesse, ainsi que de souveraine. Ce mot a donné naissance à plusieurs autres mots liés à sa richesse sémantique. Et enfin restent les hymnes, homériques puis orphiques.

Hymne homérique à Héra :

Je chante Hèrè au trône d’or, que Rhéiè a enfantée, Reine immortelle, illustre par sa beauté sans égale, femme et sœur de Zeus qui tonne dans les hauteurs, glorieuse, et que tous les Dieux heureux, dans le large Olympos, honorent et vénèrent autant que Zeus qui se réjouit de la foudre.

Cet hymne évoque plusieurs épithètes de la déesse : χρυσόθρονος en premier lieu, ensuite Βασίλεια en précisant qu’elle fait partie des immortelles (comme digne fille de Rhéa). L’hymne parle de sa beauté, ce qui peut rappeler Λευκώλενος, peut-etre Ἀργεία, et également peut-être Βοῶπις puisque je ne le comprends pas. L’hymne la place également comme épouse de Zeus et dit qu’elle est honorée et vénérée autant que lui. La question est pourquoi. Est-ce parce qu’en tant qu’épouse le prestige de son mari l’éclaire également, ou parce que son prestige individuel est égal à celui de son mari ? Voir que son prestige égal fait d’elle l’ultime épouse du dieu ? Je me dis qu’en tant que dernière et officielle épouse en exercice du dieu qu’elle égale en honneur et vénération, ils forment tous les deux une unité, les deux faces d’une même pièce, qui se manifeste en deux divinités différentes mais liées entre elles par quelques liens subtils. Les épouses précédentes du dieu servant à attribuer une généalogie à certaines des entités du panthéon.

Hymne orphique à Héra :

Couverte de vêtements bleus, ayant une forme aérienne, Hèra, Reine universelle, Hèra, Épouse bienheureuse de Zeus, nourrissant de douces haleines les âmes des mortels, génératrice des pluies et des vents, qui, seule, permets de vivre, qui te communiques à tout, qui règnes sur tout et animes tout par les sifflements de l’air, viens avec bienveillance, Déesse bienheureuse, illustre, Reine universelle, joyeuse et pleine de beauté.

Cet hymne donne une image plus aérienne et céleste de la déesse (Βουναία ?). Comme Zeus tonnant et foudroyant, elle agit dans les cieux en gouvernant la pluie et les vents, et même nourrissant les âmes. Ce qui accentu son côté égale du dieu. Il est précisé qu’elle anime tout par les sifflements de l’air, elle doit donc conduire les souffles de vie. Ce second hymne fait plus ésotérico/mystérique alors que le premier, attribué à Homère, est clairement plus mythologique.

Pour conclure, toutes ces considérations jettent le trouble sur mon esprit car ils manifestent encore plus de ponts entre les deux déesses, que je vais mettre en lumière grâce à l’outil merveilleux qu’est le tableau :

ItemIsisHèra
AérienneDéesse parfois ailéeManifestation en milanBat des ailes aux narines d’Osiris pour le “ressusciter”Déesse protectrice des naviresDéesse olympienneGénératrice des vents
AquatiqueDéesse protectrice des naviresGénératrice des pluies
SouveraineDivinité du trôneSouveraine des cieux, de la terre et des enfers (hellénistique)Épouse du roi des dieuxReine universelleÉpouse du roi des dieux
Au-DelàInitiatrice de la momification qui permet au défunt de bénéficier d’une vie post-mortemDétermine qui peut mettre les pieds sur l’Olympe
ProspéritéProtectrice des naviresLiée à la végétation par l’intermédiaire d’Osiris-Maître de la crueSon épithète de Βοῶπις serait originellement lié à la protection du bétailGénératrice des pluies

Il y a aussi quelque chose d’intéressant dans le fait qu’Isis soit née de l’union de la terre masculine et du ciel nocturne féminin tandis que Hèra est née de la terre féminine et du temps. Dans la mythologie Isis fait beaucoup plus terrestre, arpentant la terre au fil de ses péripéties. Cela peut s’expliquer par le fait que les égyptiens ne découpaient pas le monde en trois parties (monde supérieur, monde terrestre, monde inférieur) mais seulement en deux : monde visible et monde invisible.

Au contraire, et si je ne me trompe pas, Hèra, si elle peut quitter l’Olympe pour se mêler des affaires des mortels et des héros, ne se mêlent pas à eux comme Isis a été receuillie par des humains quand elle cherchait le corps d’Osiris. Elle agit sur le monde mais en gardant ses distances. Et son ascendance paternelle peut justifier l’hypothèse étymologique qui la relie aux Heures. Association de la terre (matérialité) et du temps qui passe, elle régit les différentes phases chronologiques subies par les objets matériels/sensibles.

Et pourtant malgré ces différences, il y a d’indéniables points communs entre les déesses. En y réfléchissant cela doit être dû à leur position hiérarchique dans la communauté divine, même si cette dernière était un peu plus lâche et floue en Égypte par rapport à la Grèce. En tant que déesses souveraines, il ne semble pas idiot que ces divinités aient des compétences élargies. Il est même intéressant que des divinités issues de cultures différentes partagent autant de points communs, même si cela doit être temporisé avec la grande influence de la culture grecque en Égypte puis la diffusion du culte d’Isis dans tout l’Empire.

Publié par : chemou | 21 mai 2020

Celui qui s’éveille

Cela fait un moment, plusieurs jours en fait, que l’idée d’écrire quelque chose sur Atoum me trotte dans la tête. Pourquoi Atoum ? Je me suis dit d’abords que, étant donné mon attrait pour les divinités solaires, il était on ne peut plus normal de s’intéresser à la divinité qui est à l’origine de la cosmogonie héliopolitaine. Je pourrais chercher d’où ça vient exactement, mais d’aussi loin que je me souvienne j’ai eu une image poétique de ce dieu. Celui qui, prenant conscience de lui-même, émerge des eaux du non-manifesté et entame la Création. J’ai toujours trouver cette image très belle. La raison qui m’a poussé à de nouveau écrire sur lui (car je lui ai déjà dédié un article … en 2015 !), c’est l’aspect conscience. En fait ça m’est venu d’un coup, en me réveillant un matin. En ouvrant les yeux, en émergeant des ténèbres du sommeil, je me suis senti comme Atoum s’éveillant dans les profondeurs obscurs des eaux.

En tapant le nom du dieu dans la barre de recherche vous pourrez retrouver l’article en question (Le Commencement et la Fin) où j’en esquisse une brève présentation. Je vais reprendre l’analyse du nom du dieu, car je pense que cinq ans plus tard je vais sûrement prendre la chose différemment et ça peut être intéressant. Son nom se construit donc sur le hiéroglyphe du traîneau « tm ». Peuvent s’y rajouter d’autres hiéroglyphes, certainement pour préciser la lecture, même si à priori le traîneau ne peut se lire qu’ainsi. Peuvent donc se rajouter :

  • le pain « t » : qui sert aussi à marquer le genre féminin dans la langue, et qui faisait partie des offrandes de base aux dieux et était aussi la base de l’alimentation humaine à l’époque ;
  • la chouette « m » : qui est un animal nocturne (mais pas aquatique), un oiseau (céleste) pouvant voir dans la nuit ;
  • la côte (d’animal) « m » : désigne également la notion de côté, mais je ne me l’explique pas dans le nom de ce dieu ;
  • le poussin « w » : indique peut-être une autre graphie/lecture du nom du dieu. Ou alors il est utilisé comme une version « plus jeune » de la chouette (adulte) ;
  • et bien sûr le déterminatif de la divinité masculine qui ne se lit pas et indique juste que le mot est un nom de dieu.

Mais le traîneau ne sert pas qu’à écrire le nom du dieu. Il entre dans l’écriture d’une bonne dizaine de terme variés : suffocation, genre humain, approvisionner, périr, détruire, disparaître, étancher, s’emporter, fomenter une révolte, cesser, fermer, compléter, univers, tourner. Et quelques synonymes que je n’ai pas rapporté. Avant de regarder ces mots je me rends compte que je ne me suis même pas penché sur le traîneau. Utilisé comme moyen de transport de charges lourdes, que l’on traînait sur le sable (pensez aux reconstitutions de construction des monuments), il sert aussi, selon les textes mythologiques, à transporter le dieu-soleil dans la Douat dans les régions où le Nil souterrain est à sec. C’est donc essentiellement un moyen de transport de chose de valeur. Donc, quand je reprends ma petite liste de mots, je vois presque réapparaître tous les mythes impliquant le soleil. Il est le démiurge qui crée tout, il subit la révolte des humains qu’il manque de faire anéantir dans un excès de vengeance, il annonce qu’il ramènera la Création au Noun à la fin des temps, la suffocation peut éventuellement rappeler le mythe où Isis lui extorque son nom secret, pour l’approvisionnement, le soleil est bien la source de toutes les offrandes. Et pour le dernier, il peut qualifier le mouvement de l’astre dans le ciel.

Voilà pour le nom. Maintenant parlons plutôt de la conscience et du rôle d’Atoum dans la cosmogonie. En vérité, il est à la fois limité et à la fois fondamental, ce qui semble typique de l’ambivalence de ce dieu. Après s’être éveillé, et constatant sa solitude, Atoum crée de sa propre substance Shou (Vie) et Tefnout (Maât). Et voilà, c’est fini, à vous les studios, la suite des générations divines émane du couple, et Rê doit être un autre visage d’Atoum, mais pas Atoum lui-même. D’ailleurs, comme je l’avais dit en 2015, Shou est l’air lumineux, et Tefnout la chaleur, soit les deux manifestations sensibles du soleil. L’air, en latin « anima », est aussi le souffle vital, l’âme, ψυχή en grec ancien. Quant à la chaleur, le feu, Héraclite en fait l’élément originel dont les trois autres sont issus par transformation, car il est l’élément apportant le changement éternel. Héraclite en fait le λόγος originel. Mais, décidément je ne fais rien de ce que je dis faire, parlons conscience !

Avec tout le respect que je dois aux Anciens, je ne pense pas qu’ils possédaient notre notion contemporaine de conscience. Pourtant, en fouillant dans le dictionnaire du projet Rosette qui est mon Α et mon Ω pour l’égyptien ancien, j’ai trouvé quatre mots potentiellement utiles à mon exposé :

rx– Savoir, être conscient de, apprendre
– Connaissance, opinion, avis
siA– Reconnaître, percevoir, se rendre compte, discerner, savoir, être conscient de
– Perception, connaissance, discernement, Sia (qui était une divinité à part entière)
xm– Oublier, ne pas apprendre, ne pas savoir, ignorer, ne pas avoir conscience
– Ignorance
nqm– Souffrir, être affligé, être inconscient, engourdi
– Souffrance, engourdissement, torpeur

Bon, comme je l’ai dit précédemment je pense que les mots liés à la conscience sont des interprétations contemporaines du sens initial des mots. Chose importante, les déterminatifs des mots permettent de les « catégoriser ». Ainsi le premier peut avoir pour déterminatif le rouleau de papyrus scellé de l’écriture et des abstractions ou celui de l’homme assis déterminant les activités humaines. Le second peut avoir celui de l’homme assis portant une main à sa bouche indiquant les activités liées à cet organe (ici la parole je présume) ou celui de la divinité assise, quand on veut écrire le nom du dieu. Le troisième a celui des bras écartés à l’horizontal, indiquant ignorance et négation, et le dernier a celui du dieu Seth assis, signifiant, outre le dieu lui-même, maladie et affliction. Je note également que les deux termes négatifs s’écrivent avec la chouette, et que le premier mot s’écrivant avec l’homme assis contient toujours la bouche, comme pour compenser/préciser son déterminatif. Ou alors c’est l’inverse, le mot contenant la bouche ce n’était pas la peine de la remettre das le déterminatif. Par l’étude de ces mots on peut voir que la conscience est liée à la connaissance, au discernement et à la perception, et que de fait la perte de ces éléments entraîne une perte de conscience qui se traduit par une souffrance, un engourdissement, une torpeur. Le degré de connaissance est appareillé au degré de conscience. Après une brève recherche, Sia serait l’intuition (connaissance directe, immédiate de la vérité, sans recours au raisonnement, à l’expérience), l’entendement (aptitude à comprendre, bon sens, raisonnement, jugement). Ce qu’on peut tirer de cela c’est que ,Atoum étant la source de Sia, il est la source de la connaissance, et qu’il est mécaniquement la source de la conscience, voir la Conscience ultime et originelle.

Le Noun d’où provient Atoum signifiant aussi lassitude, inertie, fatigue, on peut relier ces termes à l’engourdissement et à la torpeur, et donc à l’inconscience. Il y a là une certaine logique, de même qu’étant la Conscience, il soit mécaniquement le λόγος. Il y a également opposition entre le souffle vital animateur qui émane d’Atoum et le Noun inerte. Enfin, il y a opposition entre Celui qui s’éveille, qui a conscience de lui-même et de l’Autre, et la masse informe et endormie de la non-manifestation.

Edit : D’ailleurs, le mot français conscience vient du latin conscientia qui signifie « avec (con) connaissance (scientia) ». Quand on remonte la pelote jusqu’au bout on reste dans le latin avec « avec » (con) et « savoir, comprendre » (scio).

Publié par : chemou | 2 avril 2020

Mystère

Jusqu’à maintenant je n’avais porté aucun intérêt au dieu caché. Il s’agissait pour moi avant tout d’un dieu dynastique, mit sur le devant de la scène car une dynastie prestigieuse était originaire de sa ville et l’avait propulsé ainsi au premier rang. Mais bon, au détour d’un énième reportage sur une des rares figures égyptiennes antiques ayant le privilège d’intéresser les journalistes, l’inspiration m’est venue.

Amon donc, était à l’origine l’un des membres de l’ogdoade, huit divinités réparties en quatre couples divins partageant chacun une même charge. Ces couples unirent leurs pouvoirs pour permettre la naissance d’un œuf et permettre la Création. Si je ne me trompe pas il s’agit de la cosmogonie hermopolitaine. Parmi ces couples il y en avait un pour l’infinité, l’obscurité, l’océan primordial, et un pour le secret. En effet le terme « imn » peut signifier : secret, mais aussi dissimuler, créer, et occident. Porté au pluriel il désigne toujours un secret, et au féminin il signifie : nécropole, lieu secret, et encore secret. Ce dieu est tellement mystérieux que même son apparence n’a rien de particulière, si ce n’est peut-être sa coiffe composée de deux hautes plumes droites jointes. Ce n’est qu’au fil de sa carrière que ses attributions et son apparence s’étofferont. Sous la forme d’Amon-Rê, un disque solaire agrémentera sa coiffe. Sous sa forme d’Amon-Min il sera gainé de blanc, ithyphallique et à la peau noire, et plus tardivement il aura la peau bleue pour souligner son rôle cosmique. Plus tardivement encore, une forme gréco-romaine du dieu nommée Zeus-Ammon sera affublée de cornes de bélier (le bélier étant attribué au dieu, comme l’oie).

De même, initialement, Amon avait pour parèdre Amonet. Mais il finira par avoir sa propre triade familiale composée de Mout (littéralement la mère, ou le poids) et du dieu lunaire Khonsou (construit sur un verbe traverser, parcourir, voyager). Il était rattaché à l’air, certainement parce qu’en tant que dieu mystérieux, il ne pouvait qu’être relié à l’élément le plus impalpable et invisible. C’est d’ailleurs pour cela, parce que le dieu était le secret et le mystère manifesté, que ses prêtres purent tirer autant avantage du prestige associé à la ville et son dieu pour le hisser au dessus de tous les autres dieux. Pourtant, s’il est bien dans son mythe originel plus vieux que le soleil (qui naîtra par l’œuf créé par l’ogdoade), il n’est pas le premier des dieux.

Déjà, il est universellement reconnu en ancienne Égypte que toute création émerge du Noun, l’océan primordial contenant toutes les potentialités et qui est aussi un membre de l’ogdoade. Ensuite font également partie de la team l’infinité (spatiale et temporelle), et l’obscurité (normal puisque le soleil n’est pas encore créé). Normalement, une fois l’œuf éclot, les dieux de l’ogdoade sont sensés mourir car ayant accompli leur mission. Mais le domaine des dieux ne connaît pas les limitations de notre monde physique … Le Noun est toujours réputé exister aux confins du monde, l’Infinité n’a toujours pas été mis en défaut par la science, et l’Obscurité … De même elle existe toujours de manière résiduelle.

Ah, petit détail intéressant que j’ai failli oublier. En plus du déterminatif de divinité, le nom d’Amon s’écrit avec trois hiéroglyphes : la plume pour le « i », la vague d’eau pour le « n ». Le « m » (ou plutôt le « mn ») est retranscrit par le hiéroglyphe représentant un plateau de jeu de senet. Ce jeu est un des ancêtres du jeu de l’oie et était particulièrement populaire. Tellement d’ailleurs qu’il a été représenté dans les tombes. Le défunt devait gagner contre une divinité pour gagner sa place parmi les immortels. Ce n’était donc pas qu’un jeu de hasard, mais le concept même de hasard ne devait pas exister pour les peuples antiques. Le nom du jeu est construit sur le mot sen : révéler, ouvrir, seuil. Il existe aussi le verbe seni : dépasser, surpasser, ressembler, se conformer, décapiter. On voit tout le suite la symbolique chargeant ce qui est du coup plus qu’un jeu de plateau. Gagner à ce jeu c’est dépasser sa condition de défunt, d’humain, et atteindre l’objectif de tout égyptien : devenir un dieu parmi les dieux. Il y a fort à parier que cette symbolique, insérée dans le nom du dieu, à sa part d’explication dans sa carrière divine.

D’ailleurs, quand on reprend les membres de l’ogdoade, Amon et Amonet se distinguent clairement du lot. L’infinité est une grandeur, l’Obscurité marque l’état de la Création avant même l’existence du soleil et donc du début effectif de la création, le Noun représente l’ensemble des possibles à l’état latent. Et Amon ? Il est l’Inconnaissable, le Mystère ayant permit le passage de l’univers obscur, froid et potentiel, à l’état d’univers lumineux, chaud, actif, sensible, plein de vie. Amon représente cette transition inaccessible à l’esprit humain. On est dans l’idée du seuil, dans l’idée du dépassement. Comme le dieu inconnu perdu dans un mythe local qui est devenu le dieu souverain d’un empire. Comme le défunt lambda qui transcende son statut pour devenir non seulement quelque chose, mais surtout quelque chose de supérieur.

Pour en rajouter une couche, Noun s’écrit nnw (nenou ?) en ancien égyptien, ce qui peut aussi vouloir dire : lassitude, fatigue, inertie. Sur la même base on a nny : être las, tarder, traîner, être étale, dégouliner ; nn.t, qui est le ciel inférieur, l’au-delà ; et nnm, l’erreur, l’égarement. J’ai vraiment le sentiment que les trois premiers couples divins désignent l’état de l’univers avant la Création, et Amon et Amonet sont la première étincelle lançant toute la machinerie.

Publié par : chemou | 16 février 2020

Sarapis

Bonne année ! Nan je sais que, le premier mois de l’année étant derrière nous, ce n’est plus le moment mais comme c’est mon premier article de l’année, je m’accorde le droit de chambouler les règles. Sarapis étant de nouveau dans les parages, j’ai repris le travail concernant ce dieu, profitant de sa présence pour en apprendre le plus possible sur lui. Grâce à divers ouvrages qu’on m’a donné ou que j’ai pu trouver le net, il semble bien que, historiquement parlant, Sarapis soit l’interpretatio graeca de l’Osiris-Apis, soit l’Apis momifié et transformé en Osiris à Memphis. Il était déjà célèbre parmi les grecs d’Égypte lorsqu’Alexandre vint libérer le pays de la Perse et décida de lui dédier un temple. Ce n’est qu’après la mort du général et l’avènement de la dynastie lagide que le dieu prendra son apparence canonique hellénistique. Donc à la base il y avait Apis, Hérault de Ptah, puis associé à Rê (le Bras du Verbe), et Osiris. D’ailleurs le nom hiéroglyphique de Sarapis est la juxtaposition du nom de ces deux puissances. C’est pourquoi, pour comprendre le dieu, il faut comprendre les deux autres dont il me semble qu’il est le niveau supérieur et englobant.

Osiris, avant d’être le Seigneur de l’Occident, il était le roi de l’Égypte. D’ailleurs, Plutarque dans sa version du mythe en fait un roi modèle et civilisateur. Dans la version égyptienne, il est l’héritier actuel de Rê sur le trône terrestre après son départ pour les Cieux suite à la rébellion de l’Humanité. C’est donc un dieu royal. D’ailleurs son nom l’indique. Écrit avec un œil et un trône, l’œil ayant le sens d’agent actif (œil de Rê, d’Horus, etc), il est l’agent actif du trône, ce dernier étant Isis. La déesse représente le pouvoir potentiel, la légitimité dynastique, et Osiris le met en action en régnant. Sauf que le dieu fini assassiné et doit lui aussi quitter le trône terrestre, régnant alors sur l’Occident. Il n’en reste pas moins un dieu de la fertilité, le Nil naissant de son corps. Osiris est donc un souverain de l’Au-Delà garant tout de même du bien-être des vivants, son passage dans le monde caché n’entamant en rien sa capacité d’action. Au contraire !

L’analyse du nom d’Apis est plus sujet à précaution car il est difficile de dire pourquoi ces hiéroglyphes précis ont été utilisés. Quoi qu’il en soit la mèche de chandelle, le timon, et le poussin/l’oie peuvent être décryptés. La mèche de chandelle indique la lumière sans indiquer le feu, qui peut être dangereux. Le timon est un instrument de navigation, et le poussin peut indiquer la jeunesse et la provenance aérienne donc céleste du dieu tandis que l’oie, animal migrateur, indique le cycle des apparitions et des disparitions tout en ayant un côté également aérien/céleste. D’ailleurs j’y pense maintenant. Le timon, peut indiquer que l’entité qu’il nomme est un navigateur (Apis meurt et se réincarne sans fin) ou qu’il sert à guider (Sarapis est réputé apparaître et communiquer avec ses fidèles dans leurs rêves). Mais Apis étant une incarnation au sens propre du terme, il me semble important d’étudier aussi son animal sacré : le taureau. Dans un article précédent j’ai déjà élagué ce sujet et je ne reviendrais pas dessus parce qu’il n’y a rien à dire de plus, à part sur une chose. Le taureau peut également désigner le ka, autrement représenté par une paire de bras à l’équerre.

En lui-même le ka désigne un des constituants de tout être et est son énergie vitale qu’il hérite de son père. C’est ainsi qu’il en hérite ses compétences innées, justifiant que chaque garçon héritait de la charge de son père. Le ka est également vu comme une entité à part entière et retourner à son ka signifie mourir. Seul Pharaon pouvait en théorie communiquer avec son ka du fait de son statut divin. Mais le terme de ka signifie également, nourriture, bienfait, approvisionnement. En plus de pouvoir désigner le taureau, animal qui était donc chargé d’une symbolique toute spéciale vu ce qu’est le ka, le hiéroglyphe pouvait aussi servir à écrire une multitude de mots.

Au pluriel (kaou) il peut désigner des vivres ou plus spécifiquement des figues, et au féminin il peut désigner le vagin ou toute activité manuelle. Il entre dans l’écriture des mots relatifs à la magie, à désigner une femme enceinte, aux verbes offrir et célébrer, à l’écriture de plusieurs termes du domaine agricole (cultiver, récolte, bête de somme, etc), de postes administratifs à responsabilité (directeur, administrateur, etc), ainsi que des termes du domaine viticole (vendange, vignoble, vigneron). Enfin il participe à l’écriture de termes religieux (chapelle, naos, sanctuaire), de mots relatifs à la lumière (allumer, torche, illuminer), et sert aussi pour désigner un conducteur de char et une plante spécifique, le ricin, qui était utilisée dans les lampes à huile.

Tout ça peut ressembler à un gros fatras de mots, mais ils sont aisément catégorisables. On retrouve le domaine de la fertilité, du commandement, de l’activité, et de la lumière. Et tous ces domaines correspondent très bien à Sarapis, même après son lifting hellénistique.

Publié par : chemou | 2 novembre 2019

Hymne à Nefertoum

Ô dieu unique apparut lors de la Première Fois ;

Dieu parfait dont la lumière émergea ;

Comme tu as toi-même émergé des premières eaux ;

Comme les luminaires ta vigueur est toujours renouvelée.

Grand dieu flottant sur les abymes aqueuses ;

Par ta présence tu bénis l’air et satisfait le nez de Celui qui est dans son oeil ;

Par ton labeur tu bénis les corps des Hommes et en repousse toute atteinte ;

Dieu parfaitement parfait, tu es la manifestation accomplie de la puissance.

Lion redoutable qui siège au tribunal du Premier des occidentaux ;

Ne permets pas que je sois entravé, ne permets pas que je sois mis en pièces ;

Car étant parti cherché l’Oeil, je l’apporte au Seigneur de l’horizon ;

En mon mien nom de Celui qui est pur, ne me repousse pas de devant la grande ennéade !

Publié par : chemou | 14 octobre 2019

Arès

Il y a quelques temps j’avais écrit je crois à propos e Mars, cousin germain italique. Même sans avoir fait de recherche un minimum poussé il est de notoriété commune qu’Arès n’était pas en odeur de sainteté en Grèce, mais du coup il faut voir ce qu’il en est vraiment. Son nom vient du dorien « ara » qui signifie : fléau, ruine, malédiction, imprécation. Il aurait pu évoquer la mêlée guerrière et être synonyme du mot bataille. De plus, Areios est un épithète construit sur le nom du dieu pouvant être attribué à toute divinité apparaissant dans un aspect guerrier, même Aphrodite. Bien que la majorité des dieux le méprisent, même ses propres parents comme on peut le voir dans l’Illiade, ainsi que la majorité des grecs (à part les spartiates), il eu une descendance nombreuse, et pas seulement avec Aphrodite.

De part ses activités guerrières, Arès est logiquement le père de Peur et de Terreur, Phobos et Deimos, avec Aphrodite, mais aussi des Érotes, groupe de divinités liées à l’amour, et d’Harmonia. Considérant Aphrodite comme celle qui rapproche par les plaisirs (la déesse n’est-elle d’ailleurs pas née de l’émulsion du ciel et de la mer ?), et Arès celui qui éloigne par le conflit (histoire d’être euphémique), l’harmonie est bien l’équilibre entre les deux. Il est également le père d’Adrestia avec Aphrodite, déesse plus complexe et visiblement plus proche de ses frères car elle est rapprochée de Némésis, mais aussi de Rhéa car le sens de son nom (vient de didráskô, s’enfuir, avec le « a » privatif, ce qui donne Celle dont on ne peut s’enfuir) fait partie de ses attributions de mère punissant l’injustice/les entorses à la justice divine. Adrestia était donc la déesse de la révolte, du châtiment et de la justice, et a été rapprochée de Némésis. Il serait également le père d’un monstre, le dragon de Thèbes qui sera tué par Cadmus, ainsi que des amazones. Comme beaucoup de divinités grecques, des hymnes ont été écrits sur lui, notamment homérique et orphique. Et si concernant Poséidon, ces hymnes étaient plutôt similaires, on va voir que ce n’est pas du tout le cas pour Arès.

Hymne homérique

(Bon là dans la version que j’ai trouvé c’est le nom de Mars qui apparaît mais on peut le remplacer par Arès.) Mars puissant, qui sous ton poids fais plier un char, toi dont la tête est armée d’un casque d’or et le bras d’un bouclier, dieu magnanime au bras vigoureux, sauveur des cités, divinité cuirassée d’airain, rempart de l’Olympe, père de la Victoire dans une guerre équitable, soutien de Thémis, terreur de tes ennemis, chef des hommes vertueux, roi de la force, qui roules dans les airs un cercle lumineux au milieu des sept planètes, où t’enlèvent sans cesse d’ardents coursiers au-dessus du troisième orbite, exauce mes vœux, ami des héros, source d’une jeunesse audacieuse. Répands sur ma vie du haut des airs, et la douce clarté et la force martiale ; que je puisse éloigner de ma tête l’amère douleur, réprimer par ma prudence l’impétuosité trompeuse de mon âme, et retenir la fougue de mon courage qui me pousse à la guerre cruelle ; accorde-moi, dieu fortuné, de vivre sous des lois pacifiques en évitant l’impétuosité des guerriers et la mort violente.

Hymne orphique

Ô Indomptable, au grand cœur, robuste et terrible Daimôn, qui te réjouis des armes, invincible tueur d’hommes, qui renverses les murailles, roi Arès, qui aimes le meurtre, toujours souillé de sang humain, effrayant, qui excites au combat, qui te plais au choc des épées et des lances, cesse la furieuse bataille et son travail désastreux, sois plein du désir de Kypris (Aphrodite) et de Lyaios (Dionysos), échange la force des armes contre les travaux de Dèmètèr, et amène la paix qui nourrit les enfants et donne les richesses.

Voilà voilà. Dans le premier, la nature belliqueuse d’Arès est clairement mise à profit et transmutée de façon positive et utile aux Hommes, alors que dans le second sa nature sanglante est mise en avant. Arès est donc clairement une force chaotique dangereuse qu’il convient sinon de contraindre, du moins de canaliser.

Tout ça me questionne sur pourquoi ce dieu est intervenu dans ma vie. De part mon métier, il peut correspondre en partie quand on regarde l’hymne homérique, mais ce dernier fait presque plus romain (bon là c’est normal vu que c’est Mars et non Arès qui est cité, mais il suffit de remplacer les noms). À la limite j’aurais plutôt vu Athéna ou Zeus. Mais c’est lui qui est intervenu, donc si l’angle professionnel n’est pas à occulter je ne dois pas m’y limiter. Peut-être qu’Arès représente cette part violente présente chez tous, notre côté Daenerys mère-des-dragons qui règle tout à côté de feu de dragon, qui est également le contrepoids de notre part d’Aphrodite et qu’il faut apprendre à canaliser, contrôler et transmuter de façon positive et utile. Comme dit dans l’hymne homérique, Arès est aussi la combativité, le courage les spartiates aux Thermopyles. Arès peut aussi être la volonté de (sur)vivre malgré les coups durs du destin.

Publié par : chemou | 3 octobre 2019

Poséidon

Cela fait longtemps que je n’avais pas vraiment publié ici, et dernièrement l’envie m’a reprise avec un hymne. Et en repassant rapidement sur les derniers textes que j’avais publié, je me suis rendu compte que l’année dernière déjà, j’avais publié quelque chose pour l’automne. Je suis visiblement plus sensible à l’influence des équinoxes (parce que ça fait la même pour le printemps) que les solstices. Le passage de l’équinoxe marque le dépassement du point d’équilibre entrée les deux phases du cycle saisonnier, le passage de l’une à l’autre, alors que le solstice marque l’apogée d’une de ses phases. Et pour cet automne j’ai envie de parler de Poséidon. De la fratrie olympienne, c’est peut-être le plus mineur. Zeus à le ciel supérieure, Hadès le « ciel inférieur », si l’on peut dire, et Poséidon a les étendues marines. Même pas vraiment la frontière entre les deux autres frangins, mais un bout seulement. Comme j’aime les tableaux, j’en ai fais quelques uns mais ce n’est vraiment pas pratique à poster donc je vais faire pour le mot pour être compréhensible.

Déjà, Poséidon est potentiellement un dieu pré-hellénique, déjà attesté dans l’écriture mycénienne (Posedawone). Par deux épithètes, il aurait été relié à l’infra-monde (Wanax) et aux séismes (Enesidaone). Il aurait également eu deux épouses divines, Déméter (Damate) et Perséphone (Pasiphaë), la première étant lié à un aspect chevalin du dieu, la seconde à un aspect bovin. Le bœuf restera un des animaux qu’on sacrifiera au dieu. D’ailleurs, il faut savoir qu’un culte mystérique persista, basé sur un mythe arcadien faisant le lien entre Poséidon et Déméter. Dans celui-ci, le dieu voulait s’unir à la déesse, mais cette dernière s’y refusait. Comme celle-ci se transformant en jument pour le fuir, il se transforma en étalon et la viola. Naquit alors le cheval Arion, et la déesse Despoina, à qui sera dédié le culte mystérique. Par la suite, Déméter n’étant pas jouasse des événements, devint Déméter Erinys, représentée sous la forme d’une déesse à tête de cheval et aux cheveux de serpent. Le dieu n’était donc pas lié à la mer mais plutôt aux eaux souterraines, sourdissant du sol et expliquant peut-être le lien aux séismes.

Souvenir de ces attributions, un temple dédié à Poséidon sera plus tard restauré par un empereur romain. Interdit aux hommes, le temple était construit autours d’un point d’eau relié au domaine infernal, donc potentiellement soufré ou quelque chose dans le genre. Cela évoque le schéma indo-européen de double naissance que l’on trouve chez les celtes, mais aussi la figure du cheval aquatique et lié au monde des morts. En plus, comme on le verra par la suite avec l’étymologie de son nom, le lien entre le cheval et le dieu était certainement aussi noué par l’idée aristocratique. Enfin, et même si là c’est clairement plus de l’intuition personnelle, on pourrait le relier aux premiers habitants de la Grèce, les pélasges (Pelasgoi en grec), un des épithètes du dieu étant Pelagaîos (de la haute-mer, venant de pelagos, la mer).

Ce changement de périmètre du dieu intervint sans doute avec l’arrivée des premiers grecs et la réorganisation du panthéon, manifestée dans le mythe de la titanomachie. D’ailleurs dans ce dernier c’est Poséidon qui ferme les portes du Tartare au fond de la mer. Pourquoi un tel glissement ? Cela est sans doute lié à son nom. Une première hypothèse donne comme sens Mari (Posis) de la terre (dâ, le même que dans Déméter), l’autre Seigneur (Posis) des eaux (dâwon). Le changement de casquette pourrait s’expliquer par une relecture. La longue liste de ses épithètes confirme ses liens avec la mer comme avec la terre, même si les hymnes, « tardifs » s’axent surtout sur son côté marin. Mais Poséidon serait quand même le créateur du premier cheval, né après que le dieu ai fendu une montagne avec son trident. Ce changement de domaine explique aussi peut-être pourquoi le dieu est impliqué dans un certain nombre de conflit entre divinités pour le patronage de villes (qu’il perd souvent), même si visiblement il était patron de nombreux villes, surtout en Grande-Grèce.

Pour finir, quand on lit la liste de ses épithètes, mais aussi qu’on s’intéresse à leur étymologie, le côté vague (lol) de certains est intéressant. Certains peuvent clairement faire référence aux séismes comme aux vagues ou aux tempêtes, ou même pourquoi pas au bruit d’un cheval au galop même si, selon les spécialistes, les dieux grecs et pré-grecs n’ont jamais eu de forme en tout ou partie animales.

Comme d’habitude, pourquoi je me sens proche de ce dieu, suffisamment pour prendre la peine de faire ces recherches et d’écrire cet article ? Une partie de la réponse vient de ma région natale. Elle n’a à mon avis jamais vu de colonisation grecque comme a pu le connaître le sud de la France, mais, (à ce qu’il paraît) la Normandie est connue pour ses élevages de chevaux, et aussi pour ses pans de falaises s’effondrant régulièrement dans la Manche. Il y a certainement aussi quelque chose à creuser au niveau du coté bovidé du dieu. Une région entre terre et mer pour un dieu entre terre et mer. Une autre partie vient sûrement du côté « eau de l’infra-monde ».

Dans la cosmogonie égyptienne, le seul point commun entre toutes les versions est qu’à la base il y avait, et a toujours, le Noun, une étendue d’eau contenant l’infinité des possibles non encore manifestée. Dans la mythologie grecque, on voit qu’à chaque génération d’êtres divins, les rôles se transmettent. Les titans des mers furent remplacés par les dieux des mers, plus proches des hommes. Poséidon représente donc pour moi cette ultime manifestation du Noun, porte d’accès à cette eau/matrice originelle d’où tout émergea. Et où j’espère pouvoir me baigner.

Publié par : chemou | 27 septembre 2019

Hymne à Sérapis

Voilà un petit hymne en l’honneur de Sérapis inspiré par l’automne. À la base il ne devait pas se présenter comme ça mais comme la mise en page par bloc de ce site est merdique j’ai dû m’adapter.

 » Ô grand seigneur, lumière des cieux et des cœurs ; La nuit a englouti tes yeux, le silence envahi tes oreilles ; Ô grand seigneur, acclamé des dieux et des hommes ; La fatalité s’est abattue sur toi, ta flamme s’est éteinte.

Taureau divin, quel effroyable malheur ! Dispensateur des biens, la foule pleure ton nom ! Héraut de Maât, la folie s’empare du monde ! Héritier de Rê, le chagrin règne.

Mais raffermi ton cœur, natif de l’orient ; On ouvre ta bouche, et ta voix retenti ; On ouvre tes yeux, et le monde s’éclaire ; On ouvre ton nez, et l’encens s’élève.

Ton peuple t’attend, seigneur de l’occident ! Dispense ta lumière, taureau de ta mère ! Ton héritier approche, défenseur de son père ! Prend la place qui est la tienne, premier du tribunal.

Ô grand dieu de Memphis, tes pieds fouleront de nouveau cette terre ; Ô grand dieu de l’autre rive, ton disque éclairera de nouveau cette terre ; Ô grand dieu au bras puissant, ta loi est absolue ; Ô grand dieu siégeant sur un trône d’or, puisses-tu d’un œil favorable me regarder. « 

Publié par : chemou | 25 avril 2019

La Dame à la grenade

Jusqu’à présent j’ai toujours considéré que dans le polythéisme, même si deux divinités pouvaient sembler être le copier-coller l’une de l’autre, elles ne pouvaient être une seule et même divinité, les deux peuples les ayant porté étant forcément intrinsèquement différents. Sinon on parlerait d’un seul peuple. À la limite, ces divinités pouvaient avoir un concept-cœur identique, mais ce dernier, en se multipliant pour habiter deux terres, était devenu deux êtres à part entière comme le sont des jumeaux homozygotes. Ainsi sont pour moi Junon et Héra. Ayant abordé la tradition dite classique par la déesse romaine, il semble que la déesse grecque se montre.

Comme dit dans mon article sur Junon, la déesse serait la manifestation de l’énergie vitale. Il est vraisemblable que la déesse grecque provienne de la même source. Tout d’abords, plusieurs attributs la relient au domaine de la fertilité : la grenade, la vache, le lotus et le lys. De plus, de part sa généalogie (petite-fille de Gaïa, fille de Rhéa), elle dispose de cette ascendance. C’est également cette ascendance qui se manifeste, à mon avis, dans 02 autres attributs de la déesse : le lion et la panthère. Attributs de Rhéa/Cybèle, ils représentent le côté sauvage et dangereux de la fertilité, la Terre étant à la fois nourricière et meurtrière. C’est peut-être aussi cet élément qui apparaît à travers la face jalouse et revancharde de Junon vis à vis de son divin époux et de ses multiples conquêtes. Enfin, son nom évoquerait la « belle saison ». Cependant cette étymologie ne fait pas l’unanimité, d’autres termes étant proposés : aimé(e), air, voir même héro.

C’est également une reine. De part son mariage avec Zeus, l’éclair céleste fécondant la matrice terrestre, elle dispose également du diadème, du sceptre et du trône, mais aussi du coucou, forme sous laquelle Zeus la courtisa par son chant. Cela fait également d’elle la déesse du mariage et de la femme mariée, mais elle est en fait la protectrice de la femme en général car elle est aussi la protectrice des vierges et des veuves.

L’étude de sa descendance est également intéressante :

  • Arès, la furie guerrière, qui va bien avec le côté revanchard de sa mère ;
  • Héphaïstos, le feu terrestre, son père étant un feu céleste et sa mère étant liée à la terre (conception indo-européenne) ;
  • Angelos, devenue déesse des Enfers après qu’elle ait dû s’y réfugier pour fuir la colère de sa mère ;
  • Enyo, destructrice des cités, parfois confondue avec Eris, déesse de la discorde (également fille d’Héra), mais que je rapprocherais plutôt de la romaine Bellone ;
  • Hebe, déesse de la jeunesse ;
  • Typhon, donné aussi comme enfant de Gaïa (mais étant sa descendante, elle peut être sa remplaçante).

Héra est donc évidemment proche de sa consœur Junon. Elle est à la fois déesse de la fertilité et de l’État, et un peu de la guerre par son caractère et son fils Arès. De plus, son épithète Aigophagos (mangeuse de chèvre) me fait inévitablement penser à la forme de Junon habillée d’une peau de chèvre (Juno caprotina). Néanmoins les grecs ne sont pas les romains, aussi les déesses ont d’indéniables différences, dont le paon, un des attributs d’Héra, est le symbole. Animal inexistant en Grèce, ils tirent pourtant le char de la déesse. Les grecs les appelaient eux-mêmes « oiseaux perses », et si Argos était l’une de ses cités de prédilection, Samos l’était aussi. Située en Anatolie, cette ville indique l’influence orientale de la déesse. Par ses attributs félins hérités de Rhéa/Cybèle (Cybèle étant aussi anatolienne), par sa fille déesse des Enfers, mais aussi par sa tutelle des veuves, elle s’éloigne de sa cousine romaine qui a par contre un côté « civil » bien plus développé.

Pour finir, j’ai vu sur le net qu’on la rapprochait de l’égyptienne Hathor (par l’intermédiaire du symbole de la vache), comme ce fut également le cas pour Aphrodite. Pour le coup il s’agit de deux peuples vraiment différents, par rapport aux grecs et aux romains. Effectivement Hathor est la déesse des « plaisirs », et de son union avec Horus elle donne naissance à un autre Horus « qui unit les deux terres ». Mais, forcément, Hathor est une déesse plus complexe que ça. Son nom comporte le hiéroglyphe Hwt ressemblant à un plan de bâtiment vu du dessus. Elle est la demeure d’Horus, son temple, sa chapelle funéraire. Hathor est une déesse appartenant au Ciel, à la Terre, et aux Enfers, même si les égyptiens avaient une vision des Enfers différente de celle des grecs. Héra est visiblement liée à ces trois sphères. Dans le mythe de la rébellion des Hommes contre Rê, d’Hathor émerge Sekhmet, déesse lionne des maladie et du carnage, comme naît Arès d’Héra. Hathor est la vache céleste sur le dos de laquelle monte Rê lorsqu’il laisse le trône terrestre à son héritier, et Héra est « Celle des hauteurs » et « Celle de la butte », en plus d’être une olympienne. Si le côté souveraine d’Hathor n’est pas vraiment mis en avant dans le panthéon égyptien (rôle plutôt dévolu à Isis qui est la manifestation du trône, mais les deux déesses ont été largement rapprochées l’une de l’autre), elle reste l’épouse d’Horus, qui lui est clairement le dieu-roi. Et si le rôle de déesse du mariage est absente des déesses égyptiennes, c’est seulement que le concept même de mariage était absent de la société égyptienne, où un couple était considéré marié de fait, dès qu’il s’installait ensemble. À la limite, dans les couches supérieures de la société, on rédigeait un contrat de mariage, au cas où.

Junon-Hathor-Héra, auxquelles je pourrais rajouter sûrement Isis, sont toutes des déesses nées d’une même idée exprimée différemment. En tant qu’héritière de Gaïa et de Rhéa, elle est la matrice divine qui permet la manifestation. Entité primordiale, Gaïa enfanta les titans, dont Rhéa qui, elle-même, enfanta les olympiens, dont Héra. La déesse est une réactualisation de sa mère, réactualisation toujours plus proche du domaine des Hommes (n’existe-t’il pas une Héra alexandros, protectrice des Hommes ?). Pour reprendre le fil de l’histoire, à la base, une déesse couronnée de fleurs m’était apparue, tenant dans sa main gauche une grenade (le fruit hein). De part son apparence classique, je m’étais d’abords tourné vers Cybèle. Ensuite, le temps ayant passé, vers Junon. Maintenant, c’est au tour d’Héra. Avec le développement précédent, je me demande si, comme pour Isis et Sérapis, étant donné le blocage psychologique que j’ai avec certaines divinités, elles n’arrivent pas à m’atteindre en me présentant d’autres visages. Déméter, en tant qu’autre fille de Rhéa et disposant de liens symboliques avec sa sœur (en tant que résultats de la division symbolique de leur mère?), sera peut-être la prochaine déesse sur la liste. En plus j’ai déjà écrit sur Rénénoutet, qui me fait inévitablement penser à la déesse grecque.

Publié par : chemou | 13 février 2019

Sire Apis

Sarapis est un dieu pour lequel, comme Isis, je n’avais pas une haute estime initialement. Ce n’est pas un dieu très connu et, sans doute du fait que sa période de gloire corresponde à la fin de l’histoire de l’Égypte païenne, peu d’historiens se sont penchés sur son cas. Il faut dire qu’au sein même de son cercle familial, la première place lui fut vite confisquée par sa parèdre. Pourquoi si peu d’estime ? Et bien le peu d’informations que j’avais pu glaner sur ce dieu laissait apparaître une construction religio-politicienne complètement artificielle destinée à légitimer une dynastie nouvelle et étrangère et accessoirement faire sa promo à l’international. Étant déjà frileux avec les syncrétismes validés par des siècles d’existence, Sarapis n’avait pas la moindre chance.

La légende veut que Ptolémée 1er voit en rêve un dieu lui demandant, grosso modo, de ramener sa statue en Égypte. Le roi demande conseil aux experts de son entourage qui, après des recherches, identifient le dieu comme un Jupiter infernal (ou un Pluton selon les versions) originaire de la région Sinope (côte nord de la Turquie). Ni l’un ni l’autre ne sont attestés par les archéologues, par contre la cité vouait un culte à un héro qui pouvait remplir des fonctions similaires. Après plusieurs péripéties, la statue du dieu arrive bien à destination où un temple à sa mesure l’attend. Peu importe la version, le dieu ne reçoit le nom de Sarapis qu’une fois arrivé dans la capitale lagide, avant quoi son identité reste hypothétique et soumise à l’interprétation de ses attributs : un cerbère et un serpent.

De part ses attributs et fonctions, ce dieu mystérieux est assimilé à plusieurs dieux classiques :

  • Hadès, ce qui s’explique par la présence d’un cerbère aux pieds du dieu et ses dénominations précédentes ;
  • Dionysos, qui est aussi lié à la mort et que l’on peut relier au calathos qui servait de couvre-chef au dieu ;
  • Zeus, par la dénomination précédente de Jupiter, et aussi peut-être parce qu’il servait de dieu dynastique des lagides ;
  • Asclépios, à relier sans doute au serpent. Sarapis fut aussi considéré comme un dieu guérisseur, comme asclépios, et la mue du serpent qui était un de ses animaux pouvait faire écho à l’aspect dionysiaque du dieu.

Cependant, selon un étude publiée en 2000, il semblerait que cette légende ne soit là que pour légitimer un dieu qui était bien autochtone et présent avant les lagides. Tout d’abords il existe une tradition égyptienne de récits dans lesquels une divinité apparaît en rêve à quelqu’un pour le conseiller ou lui donner une mission. Il existe l’exemple du sphinx qui ordonna à Thoutmosis IV de le faire désensabler alors qu’il dormait à ses pieds, mais celui de cette statue guérisseuse prêtée par Pharaon a un monarque étranger afin que sa fille soit guérie d’un mal incurable et qui, désirant garder pour lui la statue, fait des mauvais rêves envoyés par le dieu qui le menace.

De plus, il est attesté dans les Nomina Asias de Nymphodore, rédigé en 300 avant notre ère, l’existence du nom Soroapis, pour désigner les taureaux apis morts. Sous le nom d’Osirapis, il était vénéré comme un dieu. Sur le site de son temple, les archéologues ont retrouvé des dédicaces datant du règne de Ptolémée II. Il n’est donc pas impossible que le culte ait vraiment commencé à l’époque du fondateur dynastique. Pour rappel, le pays passe sous domination hellénique en 332 quand Alexandre en chasse les perses achéménides, mais les grecs sont déjà installés dans le pays depuis la fondation de Naucratis en 650 (toujours avant notre ère). Les grecs ont donc déjà eu le temps d’assimiler le panthéon égyptien.

Selon les règles de l’interpretatio, Osiris peut être logiquement relié à Hadès, pour son côté souverain des morts, et à Dionysos pour son côté dieu de la fertilité et de la résurrection. Apis est cependant plus typiquement égyptien même si les grecs l’assimileront au personnage mythique Épaphos. Manifestation vivante, de chair et de sang du dieu Ptah, dieu-artisan et démiurge, il devient à sa mort un Osiris, comme « tout le monde ». C’est ainsi que né Osiris-Apis. Plus vénéré des trois taureaux sacrés, il sera, comme Osiris, associé au soleil et arborera son disque entre ses cornes.

En lui-même le taureau symbolise le ka, c’est à dire le principe énergétique que les mortels comme les immortels possèdent, support des caractéristiques individuelles issues de l’hérédité. Retourner à son ka est une métaphore signifiant mourir, retourner à ses ancêtres. Ka de Ptah, démiurge memphite assimilé à Héphaïstos, et de Rê, démiurge héliopolitain, il est le ka originel et ultime. Mais bon, les grecs n’ont jamais été très fanas de dieux zoomorphes. À part ceux installés en Égypte peut-être. Un nouveau visage et un mythe fondateur n’étaient pas de trop pour que le dieu autochtone, adopté par les grecs d’Égypte, puisse devenir un vrai dieu pan-hellénistique. Certes pas aussi ouranien (merci à Isis qui a compensé à ce niveau là) qu’un Zeus/Jupiter, mais démiurge, artisan, et souverain infernal en un seul être. Un vrai dieu souverain !

Maintenant, pourquoi faire un article sur Sarapis ? Surtout que, comme je l’ai dit au début, je ne l’ai jamais vraiment apprécié à cause de l’opinion que j’en avais (bricolage politique). Le fait de savoir que la théorie initiale du bricolage était infondée, même si le mythe sur lequel elle se base reste incohérent avec ce que l’on sait de l’histoire du dieu, a largement contribué ma vision de lui. Et je me dis que, peut-être, quand jusqu’à présent je pensais et voyais Apis, c’était déjà Sarapis qui était là. Car les dieux savent prendre la forme la forme nécessaire quand ils veulent communiquer.

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