Publié par : chemou | 25 avril 2019

La Dame à la grenade

Jusqu’à présent j’ai toujours considéré que dans le polythéisme, même si deux divinités pouvaient sembler être le copier-coller l’une de l’autre, elles ne pouvaient être une seule et même divinité, les deux peuples les ayant porté étant forcément intrinsèquement différents. Sinon on parlerait d’un seul peuple. À la limite, ces divinités pouvaient avoir un concept-cœur identique, mais ce dernier, en se multipliant pour habiter deux terres, était devenu deux êtres à part entière comme le sont des jumeaux homozygotes. Ainsi sont pour moi Junon et Héra. Ayant abordé la tradition dite classique par la déesse romaine, il semble que la déesse grecque se montre.

Comme dit dans mon article sur Junon, la déesse serait la manifestation de l’énergie vitale. Il est vraisemblable que la déesse grecque provienne de la même source. Tout d’abords, plusieurs attributs la relient au domaine de la fertilité : la grenade, la vache, le lotus et le lys. De plus, de part sa généalogie (petite-fille de Gaïa, fille de Rhéa), elle dispose de cette ascendance. C’est également cette ascendance qui se manifeste, à mon avis, dans 02 autres attributs de la déesse : le lion et la panthère. Attributs de Rhéa/Cybèle, ils représentent le côté sauvage et dangereux de la fertilité, la Terre étant à la fois nourricière et meurtrière. C’est peut-être aussi cet élément qui apparaît à travers la face jalouse et revancharde de Junon vis à vis de son divin époux et de ses multiples conquêtes. Enfin, son nom évoquerait la « belle saison ». Cependant cette étymologie ne fait pas l’unanimité, d’autres termes étant proposés : aimé(e), air, voir même héro.

C’est également une reine. De part son mariage avec Zeus, l’éclair céleste fécondant la matrice terrestre, elle dispose également du diadème, du sceptre et du trône, mais aussi du coucou, forme sous laquelle Zeus la courtisa par son chant. Cela fait également d’elle la déesse du mariage et de la femme mariée, mais elle est en fait la protectrice de la femme en général car elle est aussi la protectrice des vierges et des veuves.

L’étude de sa descendance est également intéressante :

  • Arès, la furie guerrière, qui va bien avec le côté revanchard de sa mère ;
  • Héphaïstos, le feu terrestre, son père étant un feu céleste et sa mère étant liée à la terre (conception indo-européenne) ;
  • Angelos, devenue déesse des Enfers après qu’elle ait dû s’y réfugier pour fuir la colère de sa mère ;
  • Enyo, destructrice des cités, parfois confondue avec Eris, déesse de la discorde (également fille d’Héra), mais que je rapprocherais plutôt de la romaine Bellone ;
  • Hebe, déesse de la jeunesse ;
  • Typhon, donné aussi comme enfant de Gaïa (mais étant sa descendante, elle peut être sa remplaçante).

Héra est donc évidemment proche de sa consœur Junon. Elle est à la fois déesse de la fertilité et de l’État, et un peu de la guerre par son caractère et son fils Arès. De plus, son épithète Aigophagos (mangeuse de chèvre) me fait inévitablement penser à la forme de Junon habillée d’une peau de chèvre (Juno caprotina). Néanmoins les grecs ne sont pas les romains, aussi les déesses ont d’indéniables différences, dont le paon, un des attributs d’Héra, est le symbole. Animal inexistant en Grèce, ils tirent pourtant le char de la déesse. Les grecs les appelaient eux-mêmes « oiseaux perses », et si Argos était l’une de ses cités de prédilection, Samos l’était aussi. Située en Anatolie, cette ville indique l’influence orientale de la déesse. Par ses attributs félins hérités de Rhéa/Cybèle (Cybèle étant aussi anatolienne), par sa fille déesse des Enfers, mais aussi par sa tutelle des veuves, elle s’éloigne de sa cousine romaine qui a par contre un côté « civil » bien plus développé.

Pour finir, j’ai vu sur le net qu’on la rapprochait de l’égyptienne Hathor (par l’intermédiaire du symbole de la vache), comme ce fut également le cas pour Aphrodite. Pour le coup il s’agit de deux peuples vraiment différents, par rapport aux grecs et aux romains. Effectivement Hathor est la déesse des « plaisirs », et de son union avec Horus elle donne naissance à un autre Horus « qui unit les deux terres ». Mais, forcément, Hathor est une déesse plus complexe que ça. Son nom comporte le hiéroglyphe Hwt ressemblant à un plan de bâtiment vu du dessus. Elle est la demeure d’Horus, son temple, sa chapelle funéraire. Hathor est une déesse appartenant au Ciel, à la Terre, et aux Enfers, même si les égyptiens avaient une vision des Enfers différente de celle des grecs. Héra est visiblement liée à ces trois sphères. Dans le mythe de la rébellion des Hommes contre Rê, d’Hathor émerge Sekhmet, déesse lionne des maladie et du carnage, comme naît Arès d’Héra. Hathor est la vache céleste sur le dos de laquelle monte Rê lorsqu’il laisse le trône terrestre à son héritier, et Héra est « Celle des hauteurs » et « Celle de la butte », en plus d’être une olympienne. Si le côté souveraine d’Hathor n’est pas vraiment mis en avant dans le panthéon égyptien (rôle plutôt dévolu à Isis qui est la manifestation du trône, mais les deux déesses ont été largement rapprochées l’une de l’autre), elle reste l’épouse d’Horus, qui lui est clairement le dieu-roi. Et si le rôle de déesse du mariage est absente des déesses égyptiennes, c’est seulement que le concept même de mariage était absent de la société égyptienne, où un couple était considéré marié de fait, dès qu’il s’installait ensemble. À la limite, dans les couches supérieures de la société, on rédigeait un contrat de mariage, au cas où.

Junon-Hathor-Héra, auxquelles je pourrais rajouter sûrement Isis, sont toutes des déesses nées d’une même idée exprimée différemment. En tant qu’héritière de Gaïa et de Rhéa, elle est la matrice divine qui permet la manifestation. Entité primordiale, Gaïa enfanta les titans, dont Rhéa qui, elle-même, enfanta les olympiens, dont Héra. La déesse est une réactualisation de sa mère, réactualisation toujours plus proche du domaine des Hommes (n’existe-t’il pas une Héra alexandros, protectrice des Hommes ?). Pour reprendre le fil de l’histoire, à la base, une déesse couronnée de fleurs m’était apparue, tenant dans sa main gauche une grenade (le fruit hein). De part son apparence classique, je m’étais d’abords tourné vers Cybèle. Ensuite, le temps ayant passé, vers Junon. Maintenant, c’est au tour d’Héra. Avec le développement précédent, je me demande si, comme pour Isis et Sérapis, étant donné le blocage psychologique que j’ai avec certaines divinités, elles n’arrivent pas à m’atteindre en me présentant d’autres visages. Déméter, en tant qu’autre fille de Rhéa et disposant de liens symboliques avec sa sœur (en tant que résultats de la division symbolique de leur mère?), sera peut-être la prochaine déesse sur la liste. En plus j’ai déjà écrit sur Rénénoutet, qui me fait inévitablement penser à la déesse grecque.

Publié par : chemou | 13 février 2019

Sire Apis

Sarapis est un dieu pour lequel, comme Isis, je n’avais pas une haute estime initialement. Ce n’est pas un dieu très connu et, sans doute du fait que sa période de gloire corresponde à la fin de l’histoire de l’Égypte païenne, peu d’historiens se sont penchés sur son cas. Il faut dire qu’au sein même de son cercle familial, la première place lui fut vite confisquée par sa parèdre. Pourquoi si peu d’estime ? Et bien le peu d’informations que j’avais pu glaner sur ce dieu laissait apparaître une construction religio-politicienne complètement artificielle destinée à légitimer une dynastie nouvelle et étrangère et accessoirement faire sa promo à l’international. Étant déjà frileux avec les syncrétismes validés par des siècles d’existence, Sarapis n’avait pas la moindre chance.

La légende veut que Ptolémée 1er voit en rêve un dieu lui demandant, grosso modo, de ramener sa statue en Égypte. Le roi demande conseil aux experts de son entourage qui, après des recherches, identifient le dieu comme un Jupiter infernal (ou un Pluton selon les versions) originaire de la région Sinope (côte nord de la Turquie). Ni l’un ni l’autre ne sont attestés par les archéologues, par contre la cité vouait un culte à un héro qui pouvait remplir des fonctions similaires. Après plusieurs péripéties, la statue du dieu arrive bien à destination où un temple à sa mesure l’attend. Peu importe la version, le dieu ne reçoit le nom de Sarapis qu’une fois arrivé dans la capitale lagide, avant quoi son identité reste hypothétique et soumise à l’interprétation de ses attributs : un cerbère et un serpent.

De part ses attributs et fonctions, ce dieu mystérieux est assimilé à plusieurs dieux classiques :

  • Hadès, ce qui s’explique par la présence d’un cerbère aux pieds du dieu et ses dénominations précédentes ;
  • Dionysos, qui est aussi lié à la mort et que l’on peut relier au calathos qui servait de couvre-chef au dieu ;
  • Zeus, par la dénomination précédente de Jupiter, et aussi peut-être parce qu’il servait de dieu dynastique des lagides ;
  • Asclépios, à relier sans doute au serpent. Sarapis fut aussi considéré comme un dieu guérisseur, comme asclépios, et la mue du serpent qui était un de ses animaux pouvait faire écho à l’aspect dionysiaque du dieu.

Cependant, selon un étude publiée en 2000, il semblerait que cette légende ne soit là que pour légitimer un dieu qui était bien autochtone et présent avant les lagides. Tout d’abords il existe une tradition égyptienne de récits dans lesquels une divinité apparaît en rêve à quelqu’un pour le conseiller ou lui donner une mission. Il existe l’exemple du sphinx qui ordonna à Thoutmosis IV de le faire désensabler alors qu’il dormait à ses pieds, mais celui de cette statue guérisseuse prêtée par Pharaon a un monarque étranger afin que sa fille soit guérie d’un mal incurable et qui, désirant garder pour lui la statue, fait des mauvais rêves envoyés par le dieu qui le menace.

De plus, il est attesté dans les Nomina Asias de Nymphodore, rédigé en 300 avant notre ère, l’existence du nom Soroapis, pour désigner les taureaux apis morts. Sous le nom d’Osirapis, il était vénéré comme un dieu. Sur le site de son temple, les archéologues ont retrouvé des dédicaces datant du règne de Ptolémée II. Il n’est donc pas impossible que le culte ait vraiment commencé à l’époque du fondateur dynastique. Pour rappel, le pays passe sous domination hellénique en 332 quand Alexandre en chasse les perses achéménides, mais les grecs sont déjà installés dans le pays depuis la fondation de Naucratis en 650 (toujours avant notre ère). Les grecs ont donc déjà eu le temps d’assimiler le panthéon égyptien.

Selon les règles de l’interpretatio, Osiris peut être logiquement relié à Hadès, pour son côté souverain des morts, et à Dionysos pour son côté dieu de la fertilité et de la résurrection. Apis est cependant plus typiquement égyptien même si les grecs l’assimileront au personnage mythique Épaphos. Manifestation vivante, de chair et de sang du dieu Ptah, dieu-artisan et démiurge, il devient à sa mort un Osiris, comme « tout le monde ». C’est ainsi que né Osiris-Apis. Plus vénéré des trois taureaux sacrés, il sera, comme Osiris, associé au soleil et arborera son disque entre ses cornes.

En lui-même le taureau symbolise le ka, c’est à dire le principe énergétique que les mortels comme les immortels possèdent, support des caractéristiques individuelles issues de l’hérédité. Retourner à son ka est une métaphore signifiant mourir, retourner à ses ancêtres. Ka de Ptah, démiurge memphite assimilé à Héphaïstos, et de Rê, démiurge héliopolitain, il est le ka originel et ultime. Mais bon, les grecs n’ont jamais été très fanas de dieux zoomorphes. À part ceux installés en Égypte peut-être. Un nouveau visage et un mythe fondateur n’étaient pas de trop pour que le dieu autochtone, adopté par les grecs d’Égypte, puisse devenir un vrai dieu pan-hellénistique. Certes pas aussi ouranien (merci à Isis qui a compensé à ce niveau là) qu’un Zeus/Jupiter, mais démiurge, artisan, et souverain infernal en un seul être. Un vrai dieu souverain !

Maintenant, pourquoi faire un article sur Sarapis ? Surtout que, comme je l’ai dit au début, je ne l’ai jamais vraiment apprécié à cause de l’opinion que j’en avais (bricolage politique). Le fait de savoir que la théorie initiale du bricolage était infondée, même si le mythe sur lequel elle se base reste incohérent avec ce que l’on sait de l’histoire du dieu, a largement contribué ma vision de lui. Et je me dis que, peut-être, quand jusqu’à présent je pensais et voyais Apis, c’était déjà Sarapis qui était là. Car les dieux savent prendre la forme la forme nécessaire quand ils veulent communiquer.

Publié par : chemou | 5 décembre 2018

La magie

Il y a quelques temps déjà j’avais pensé à poster quelque chose par rapport au côté éthique/moral, ou pas, de la magie. Mais finalement je l’avais gardé en soute parce qu’il ne me satisfaisait pas complètement. Je ne peux pas encore aujourd’hui donner une réponse définitive, même si je sais qu’elle ne serais que le reflet de mes pensées actuelles, mais c’est déjà un début de réflexion car c’est un sujet qui est promis à un long avenir.

« La magie est-elle éthique ? Aujourd’hui, où le net païen est parsemé de sites et autres blogs sur la magie, la question peut paraître saugrenue. Mais selon le système dans lequel on évolue, et les valeurs qui y sont rattachées, ce n’est pas forcément évident. En effet, vivant dans un monde habité et entretenu par tout un tas de divinités, rompre le cours naturel des événements et le détourner par magie pourrait passer pour un crime de lèse-divinité,justement. Si, à la suite d’une prière ou d’un rituel, aucune divinité n’accède à notre souhait c’est, que cela nous plaise ou pas, qu’il en sera ainsi.

Pourtant, et ce dans quasi toutes les traditions, on peut trouver des exemples de divinités usant également de la magie pour influencer le cours des événements. Que ce soit à des fins de guérison, de divination, ou des trucs un peu plus complexes et ambigus (la métamorphose est fréquente, quel que soi son but), la magie fait partie intégrante de l’action des divinités. D’ailleurs d’aucuns considèrent que la magie est le moyen d’action naturel et privilégié de ces dernières.Du coup, si les divinités elles-mêmes ont cette pratique, on peut considérer qu’elle est éthique car les divinités, garantes et actrices des règles et du fonctionnement de la Création, ne peuvent agir contre Elle.

L’outil étant éthique, reste à déterminer si la fin pour laquelle il est utilisé l’est. Et là encore, quand on regarde comment les divinités en font usage, il y a parfois de quoi se poser de sacrées questions sur l’éthique de leur utilisation de la magie. Pour ça je me base sur les 2 panthéons que je connais le mieux niveau utilisation de la magie, à savoir les panthéons égyptien et nordique.

Dans la mythologie égyptienne, la grande majorité des situations dans lesquelles les divinités ont recours à la magie se situent dans le grand mythe osirien. Dans ce cycle, Horus et Seth se métamorphosent en plusieurs animaux différents pour se battre l’un contre l’autre, Thot crée un nouvel œil à Horus qui l’a perdu dans l’un de ces combats, et Seth essaie de violer Horus pour le décrédibiliser en tant que roi. Mais la divinité qui a le plus recours à la magie est bien entendu Isis :

  • elle ranime Osiris et conçoit avec lui un fils post-mortem
  • elle donne de nouvelles mains à Horus après avoir tranché les anciennes qui avait recueilli le sperme de Seth (suite à la tentative de viol mentionnée plus haut)
  • elle change d’apparence pour berner Seth et lui faire avouer que son combat est injuste
  • elle empoisonne Rê pour obtenir son nom secret, soi le nom secret du démiurge, soi le pouvoir du souverain de la Création lui-même

Et je crois que c’est à peu près tout. De même, et même si je connais moins bien la mythologie nordique, il y a multitude d’utilisation de la magie.Déjà, Odin et Loki se métamorphosent souvent en animaux pour se sortir de situations compliquées, Odin a recours à la divination,etc.

D’un côté comme de l’autre, on peut considérer éthique cet usage de la magie car,au-delà du fait qu’il soit le fait d’une divinité, et même sil’acte en lui-même peut ne pas être moral (en fait, en y réfléchissant bien, à peu près tous les cas cités rentrent dans cette catégorie), c’est la finalité de l’action qui compte.Pourquoi les divinités volent, blessent, trompent ?Systématiquement, c’est parce qu’ils ont affaire avec des« ennemis » de l’ordre divin. Typiquement, chez les nordiques, les dieux n’ont aucune pitié avec les géants,représentants du coté chaotique de la Nature alors qu’eux-mêmes représentent l’Ordre. Du côté égyptien, et ça se retrouve chez le Loki nordique, ces actions magiques ont pour but de vaincre un ennemi qui, même s’il fait partie de l’ordre divin, a en quelque sorte trahi ses pairs (pour Seth, il a usurpé le trône). C’est là qu’on voit que le lieu de vie d’un dieu a son importance.

Pour les égyptiens,l’ennemi principal était le désert, brûlant et aride, impropre à l’agriculture et à l’élevage. Pourtant, ce désert apportait aussi une protection relative face aux invasions. Au contraire, les nordiques ne bénéficiaient pas d’un fleuve nourricier et fertilisateur sous un climat chaud. Quand dans leur cosmogonie le monde naisse entre le feu d’un côté et le froid de l’autre, cela montre selon moi qu’ils étaient bien conscients que leur vie ne tenait qu’au fragile équilibre entre les deux. D’ailleurs, c’est aussi édifiant que si pour les égyptiens, Seth, dieu du désert,faisait partie du cercle des dieux même s’il régnait sur une terre inhospitalière, chez les nordiques Skadi, en tant que déesse de l’hiver, tient peu ou prou le même rôle. En accueillant« l’ennemi » chez les dieux, on peut l’amadouer et négocier avec lui.

Bref, donc, la magie est éthique si elle sert au final le camp des divinités. Mais du coup, dans la vie pratique de tous les jours, comment faire pour savoir ? »

Mon opinion n’a pas trop changé dans son constat initial. La magie se base sur une utilisation de lois ésotériques prévues par la Création. Si un rituel fonctionne, c’est parce qu’il utilise correctement ces lois. La Création étant régie par des divinités,immanquablement un rituel va interférer avec leurs actions. Même si elles ne sont pas invoquées directement, une interférence causée par un magicien dans leur chasse-gardée peut être considérée comme une interférence à leur action. Comme un fleuve dont on modifie la course artificiellement. Mais cela fait-il inévitablement de la magie une action sacrilège ?

Tout d’abords les divinités elles-mêmes en usent. De plus, la magie se base sur la connaissance des lois qui régissent la Création. Cela veut dire qu’elle ne contrevient pas par nature à la Maât.

Ensuite,je n’ai plus le texte exact en tête mais dans la tradition égyptienne la magie est un dieu des divinités à l’humanité pour qu’elle puisse combattre le mauvais sort. Globalement, et ce n’est pas si différent, les divinités ont donné à l’humanité l’Esprit et la connaissance. La recherche et l’utilisation de la magie entre dans ce cadre. Et puis j’ai du mal à croire que l’ancienne Égypte,avec ses prêtres pratiquant une magie d’État, aurait pratiqué quelque chose d’amoral pendant trois millénaires (même si en soit le fait qu’une magie soit pratiquée par le pouvoir en place n’implique pas obligatoirement sa moralité).

Je pense que le biais principal de cette question vient de l’anthropomorphisation excessive des divinités. L’humain a donné des traits plus ou moins humains, plus ou moins matériels ainsi que des mœurs aux divinités pour mieux les appréhender. Mais leur nature profonde nous reste inaccessible et dépasse notre entendement. Les dieux sont immortels et s’ils peuvent agir sur le monde physique, ils n’en restent pas moins à l’extérieur de celui-ci. Ils ont les manifestations qu’ils veulent bien se donner.Et puis l’humanité étant une création, et donc une descendance d’une certaine manière des divinités puisque part de la Création,n’est-ce pas naturel de chercher à utiliser les mêmes outils que nos lointains ancêtres ? Je ne sors pas du domaine égyptien parce que c’est celui que je connais le plus mais ne se tournaient-ils pas vers la magie assurer leur survie dans l’Au-Delà et continuer leur chemin en compagnie des dieux, pour devenir eux-mêmes des dieux ?

Du coup ma petite conclusion initiale reste valide. Ce n’est pas la magie en elle-même qui pose problème, mais les raisons pour lesquelles on l’utilise. Mais cela ne vaut-il pas pour tout ?Malheureusement cela fait partie de la nature humaine de détourner toute bonne idée en moins bonne idée si cela peut servir ses intérêts. Le meilleur exemple en est l’énergie atomique, qui alimente nos sociétés mais peut aussi la rayer de la carte en un instant. Et ce n’est qu’un exemple parmi une myriade.

Publié par : chemou | 25 septembre 2018

Equinoxe

Il fut un temps où, en cet endroit, existait une page où j’avais exposé brièvement en quoi pourrait consister le calendrier rituel que je pourrais suivre. Inspiré de la tradition égyptienne mais adapté à mon cadre de vie, j’avais fini par supprimer la page parce qu’à l’époque je n’avais pas la motivation de suivre ce calendrier. Il y a peu je me suis recréé un petit tableur avec, mois par mois, les célébrations qui me semblent importantes. En gros les fêtes liées aux divinités qui me semblent importantes. Et finalement je me rends compte que je retrouve la trame de mon calendrier originel. L’équinoxe est la deuxième fête que j’ai célébré, et encore, si on peut appeler ça célébrer. Je ne sais pas si j’ai ressenti ça pour la première fois, ou si c’est juste parce que là j’ai fais le lien entre ce sentiment et l’équinoxe, mais j’ai ressenti un profond sentiment de deuil généralisé.

Dans mon calendrier l’équinoxe marque l’assassinat d’Osiris par Seth. L’héritier de Rê sur Terre, celui qui a apporté la civilisation aux Hommes, a été trompé, tué, et son corps jeté dans le Nil. Ce fut un deuil tout d’abords pour Isis, qui entreprit alors une longue quête pour retrouver le corps de son époux, mais aussi pour les Hommes et les Dieux. De plus, le roi étant mort sans héritier, qui devrait lui succéder ? Bien sûr, Seth se proposa, mais s’il peut compter Rê parmi ses soutiens, le dieu-soleil n’est pas un tyran et il sait que les autres dieux d’Egypte ne peuvent pas encadrer Seth. C’est donc une période de deuil et d’instabilité qui s’empare du monde. L’équinoxe, en délimitant la fin de l’été, marque la fin définitive d’un passé à jamais révolu. Et comme ce qui attend Isis et Horus, une suite de défis ininterrompus à relever pour arracher la victoire et la justice et instaurer un nouvel âge d’or. Dans le mythe osirien les rôles des différents protagonistes nous éclairent et nous guident. Isis, en tant que celle qui découvre le corps d’Osiris, peut nous aider à identifier ce qu’on doit laisser derrière nous. Anubis, le premier momificateur, étant aussi celui qui guide le défunt jusqu’à la salle où sera pesé son coeur, peut nous assister dans nos transformations. Enfin, Horus, celui qui obtient la défaite de son ennemi, peut nous accorder la force de volonté pour être victorieux de nous-même.

Cette méditation sur le sens funéraire de l’équinoxe m’a amené à repenser à Thot, qui décidément ne me lâche plus. Thot, esprit et langue du Démiurge, est aussi celui qui enregistre le résultat de la pesée du coeur. Esprit du Créateur, il est le Savoir que sa compagne, Seshat, met par écrit et garde en sécurité dans les bibliothèques des temples. Progresser dans la quête du savoir, sur le chemin de Thot, c’est se rapprocher de celui dont il est l’esprit, Atoum. Celui qui émergea de l’abyme des possibles en prenant conscience de lui-même, devenant la toute première conscience, et qui créa. En passant l’épreuve de la pesée du coeur, le défunt est reconnu juste et devient l’égal des dieux, au milieu desquels il peut vivre. Alors il devient l’égal d’Atoum, le Premier qui a émergé des eaux au tout Premier Jour. L’eau semble avoir été, de par mes lectures sur les cultes isiaques au travers de l’Empire, un élément central. C’est au final complètement logique. L’eau du Nil restant au dessus des autres, toute eau est la matérialisation en ce monde de l’eau du Noun. C’est étonnant que les grecs n’aient pas associé Poséidon à Osiris, celui dont le Nil émerge du corps. Ou alors Sobek, qui en tant que dieu du Nil et de la région du delta est à la fois un dieu fertilisateur mais aussi un carnassier insatiable. D’autant plus que, s’il n’aura pas eu une grande carrière internationale comme Isis ou Anubis, il connut un grand succès chez les grecs d’Egypte. Peut-être qu’étant trop lié à son animal sacré, lui-même trop lié à la terre égyptienne, il n’était pas aussi facilement exportable.

Publié par : chemou | 23 septembre 2018

C’est le bordel

Une fois de plus, je regrette de ne pas être suffisamment riche pour ne pas avoir plus de temps pour lire. Mais peut-être est-ce un bien, car plus j’avance et plus je lies, et plus l’Ordre est remplacé par le bordel dans mon environnement spirituel. Il me semble tellement loin ce temps, sur Ta-Noutri, où tout me semblait clair ! Comme la mer sans cesse changeante, les divinités qui m’apparaissaient comme des piliers sûrs finissent par s’évanouir, m’obligeant à reconstruire encore et encore. En était-il de même lorsque Rome, s’étendant de la Brittanie au Moyen-Orient, s’ouvrit aux dieux et déesses des quatre coins du monde ? J’imagine que oui, car au final je ne pense pas que l’humain ai beaucoup changé malgré les siècles.

Mais ces périodes de changement et de chaos apparent sont certainement normales et inévitables, comme Seth doit lutter avec Horus pour que ce dernier soit justifié. En avançant et en progressant, on voit plus nettement la complexité des choses, et plutôt que de prendre peur et faire marche arrière, il faut sans cesse continuer à avancer. Car au final, n’est-ce pas le but de toute la tradition égyptienne ? En devenant un dieu parmi les dieux, en devenant un Juste-de-voix ou en pénétrant leurs mystères, on accède à leur niveau de vision des choses. Inévitablement, ça semble incompréhensible pour quelqu’un qui n’a pas entrepris son cheminement. D’ailleurs, une des façons de devenir un dieu pour les égyptiens était de trouver le livre de Thot. Évidemment cela ne se faisait pas facilement, et sa lecture n’allait pas sans conséquence, mais quand on sait ce qu’on veut …

L’approche de l’Hermétisme dans mon voyage était peut-être déjà « prévue », la prochaine étape logique dans mon cheminement. Alliance des connaissances et des mystères du dieu ibis et des talents de communiquant du dieu marcheur, cette figure divine n’est-elle pas l’expression, finalement, de la volonté de l’élite intellectuelle égyptienne de l’époque de faire sortir la science sacrée des temples dans lesquels elle était enfermée pour lui permettre de survivre à ces temps de bouleversements ? L’hermétisme serait apparut en Égypte au 3ème siècle avant J-C, quand Rome conquiert tout juste l’Italie et commence sa lutte avec Carthage. Mais l’ Égypte, elle, est déjà vieille et au crépuscule de son indépendance. En tant que Celui-qui-complète-l’Oudjat, Thot est peut-être aussi celui qui complète les êtres.

Mais assez parlé de Thot, parlons un peu d’Hermès ! Si je devais l’associer à une seule divinité d’un seul autre panthéon, ce serait sans conteste Odin. Dieu des voyages, du commerce, de la parole et de la filouterie, ils se ressemblent beaucoup. De ce que j’ai pu trouver, le secret de son nom n’est pas encore connu, mais il semblerait que le dieu ne soit pas d’origine grecque. Certains pensent toutefois que son nom viendrait du grec herma : tas de pierres, borne frontière, ce qui expliquerait son lien avec les voyages. Ces tas de pierres qui se trouvaient le long des routes furent finalement remplacés par des piliers quadrangulaires avec tête(s) et organes virils. Assez inhabituel dans la statuaire grecque non ? Avec un petit effet statue-cube. Surtout que, vous aurez noté le (s), ces piliers pouvaient avoir jusqu’à quatre têtes. Il possède également des épithètes expliquant selon moi son association à Thot (mais pour les deux premiers j’ai aussi trouvé des significations incohérentes) :

– Acacésien : signifierait « bienveillant » ou « intelligent » ;

– Argiphonte : signifie « qui gonfle dans la clarté » et relie le dieu à la lune ascendante ;

– Phutalmios : signifie « qui fait pousser » ce qui peu s’appliquer à la richesse , mais pourquoi pas aussi à d’autres choses ?

Hermès étant aussi le dieu des coups de chance (hermaion), il est également psychopompe et oniropompe. Au final, c’est vrai qu’il s’associe plutôt bien au Seigneur-du-calame. L’Hermès Trismégiste était donc la face plus spirituelle que matérielle du dieu grec. Mais aussi, car Hermès est dit philandros, Thot-Hermès devait être le visage plus sociable du dieu retiré dans son temple !

Publié par : chemou | 13 septembre 2018

Mystère lunaire

Originaire de la ville de Khemenou, qui sera plus tard appelée Hermopolis Magna par les grecs, Thot est, de par ses liens avec la lune, une divinité complexe car relié par cet astre à tout un tas de divinités diverses. Commençons déjà par admettre que son nom égyptien, Djehouty, n’a jamais pu être décrypté ne serait-ce qu’en partie par les égyptologues. Ou par aucune autre discipline s’il était d’une origine extra-égyptienne. Ce qui nous retire un moyen de compréhension du dieu. Par contre, par curiosité j’ai cherché l’orthographe de la ville du dieu, et si je ne saurais la traduire, elle comporte le chiffre 8 (qui est très significatif pour la suite), le vase « nou » (comme dans noun) et le déterminatif de la ville.

Thot est donc un dieu lunaire. Possédant originellement la forme de l’ibis, il récupérera celle du babouin en incorporant le dieu babouin Hedjour (grand blanc), divinité lunaire également. Dans la mythologie, après que Rê ai quitté ce monde suite à la rébellion des humains, le dieu solaire proclame Thot comme son successeur, sûrement parce que la lune succède au soleil pour éclairer le ciel. La lune étant également l’œil d’Horus, le dieu ibis dispose de plusieurs épithètes en rapport avec son apparition dans le mythe osirien : Celui-qui-compte-les-parties-de-l’œil, le Remplisseur, Celui-qui-complète-l’Oudjat. Son lien avec la lune et ses cycles en fait également un dieu du temps, du calendrier, de l’astronomie, et par là de la science en générale. D’ailleurs il est aussi le Seigneur-des-paroles-divines, soit des hiéroglyphes, soit de l’écriture.

Son lien à la science et à l’écriture lui accorde plusieurs épithètes : Seigneur-du-calame, Celui-qui-compte-les-années-les-mois-les-jours-les-heures-et-les-minutes. Par un autre épithète (Celui-qui-compte-le-temps-de-vie) il est aussi lié au destin, « le souffle de vie étant dans son poing, Chaï et Renenoutet auprès de lui. » Les mois lunaires utilisés pour le calendrier religieux ne collant pas exactement avec l’année solaire, deux mythes ont été élaborés par les égyptiens pour expliquer ce décalage. Dans l’un d’eux, Thot a raccourci le mois lunaire pour s’approprier une partie des offrandes destinées à Rê, dans l’autre, la lune étant aussi liée à Osiris, Thot aurait carrément volé des morceaux du cadavre du dieu assassiné (Hermès es-tu là ?). Maître du temps, c’est par son action qu’auraient été créés les jours épagomènes permettant à Nout de donner naissance à Osiris, Isis, Seth, Nephtys, et selon certaines versions du mythe Horus l’Ancien.

Dieu de l’écriture, il est aussi le dieu des langues et est donc celui qui a donné à chaque peuple son langage et sa manière de l’écrire. Cela fait aussi de lui le dieu de la magie et de la Loi. Il est dit être la langue et l’esprit du démiurge, et dans certains contes il est le rédacteur d’un livre qui, s’il était lu et surtout compris par un mortel, ferait de lui un être quasi-divin.

En fait, en fouillant dans mes livres, Khemenou aurait pu signifier La Ville des Huit. En effet l’Ogdoade serait née dans cette cité et serait morte non loin une fois son office accomplie. Composée de quatre couples divins, les dieux ayant une tête de grenouille et les déesses une tête de serpent, ils représentaient l’étendue d’eau initiale d’où émergea la Création, l’infinité, les ténèbres, et ce qui est caché. Bref, l’univers avant la Création. De l’eau émergea la terre, où l’Ogdoade fit pousser un lotus. De ce dernier naquit Rê. D’un autre bouton de Lotus naquit une naine, avec laquelle Rê donna naissance à Thot.

Pourquoi cet article alors que, du duo Thot/Seshat j’avais toujours penché vers la seconde ? Parce que dernièrement je me suis intéressé à l’hermétisme antique, et donc à Thot-Hermès Trismégiste. Comme je l’ai déjà également dit notamment à propos de Sérapis, j’ai du mal avec le syncrétisme. Surtout quand là Hermès est associé à non pas une mais deux divinités (Thot et Anubis). Bien sûr je ne nie pas les liens entre eux : les deux sont reliés à l’Au-Delà, à la communication, et à la filouterie dans une certaine mesure … Mais quand même. En Germanie, les historiens ont retrouvé des attestations d’un Mercurius Cimbrianus qui aurait été identifié à Odin. A la limite, assimiler Thot à Odin directement, pourquoi pas, mais peut-être est-ce dû à ma méconnaissance du dieu grec. Surtout que la figure hermétique à l’air bien plus axée sur la Connaissance que sur le commerce et la harangue.

Publié par : chemou | 17 août 2018

Celui de l’eau

Cela faisait quelques temps que cela ne m’était pas arrivé, mais un nouveau dieu est venu se manifester à moi, continuant de développer le « quartier romain » des divinités qui me sont importantes. Je n’ai pas autant de livres sur les divinités romaines que je le voudrais (et que je pourrais lire, surtout si je veux avancer dans tous les panthéons qui m’intéressent !) du coup je vais faire surtout avec le net (sites et fora). Au fait, comme vous l’aurez sûrement compris avec le titre, je vais parler de Neptune.

Je vais essayé de faire un truc un minimum construit donc je vais commencé par l’étymologie de son nom. Car le nom de quelque chose c’est juste méga important selon moi. Bon donc ça commence mal déjà car il y a plusieurs théories sur l’origine de son nom :

– son nom proviendrait du latin nuptus, une forme verbale liée au mariage ;

– il viendrait de l’indo-européen neptu (substance humide, liquide ?) ;

– toujours de l’indo-européen, il pourrait provenir de nebh (nuage) ce qui le relierait à la pluie ;

– son origine serait l’appellation de son équivalent étrusque Nethunus, lui-même venant du nom de la cité Nepete qui aurait vu naître 2 héros, fils du dieu. Cette dernière hypothèse ne fait pas vraiment l’unanimité, par contre, les autres, si elles semblent s’exclure, ne sont pas si antagonistes que ça. Originellement dieu des eaux douces, il est très tôt identifié au Poséidon grec (dès le 5ème siècle avec J-C, soit la période républicaine).

Sa fête, les neptunalia, était célébrée le 23 juillet. Les romains dressaient des huttes de branchages dans un bois et pique-niquaient et buvaient du vin ensemble, sans distinction de sexe, pour se prémunir de la chaleur estivale. Il faisait aussi partie des 4 dieux romains auxquels le peuple pouvait sacrifier un taureau, les autres étant Apollon, Mars et Jupiter.

Neptune avait 2 parèdres, Salacia et Venilia, également donnée parèdre de Janus. La première aurait représenté les eaux agitées (latin salax : sauter, jaillir, et serait aussi l’origine du mot salace) et salées (latin salum). La seconde quant à elle contrôlerait les eaux calmes, les vents (ventus), et aurait des caractéristiques vénusiaques (latin venia : grâce, faveur, pardon, bienveillance). Les déesses pourraient aussi ne former aussi qu’une seule et même divinité, les différents noms ne servant qu’à expliciter ses domaines de compétence, étant eux-mêmes, par extension, ceux de Neptune. Quoi qu’il en soit, l’association de Neptune avec sa/ses parèdres, sans oublier l’ambiance particulière de sa fête, donne au dieu, en plus de sa fonction je dirais, purement élémentaire de dieu de l’eau, un rôle de dieu fertilisateur. Ce qui est logique, en un sens. Et c’est aussi ce qui pourrait expliquer son lien avec les chevaux (conducteur de chevaux = conducteur de la fertilité ? Et ce ne sont pas les nordiques qui avaient un rituel de fertilité impliquant un pénis de cheval ?) et les taureaux. De plus l’eau douce, qu’elle provienne du ciel ou de la terre, associée aux animaux énoncés précédemment me font penser à l’agriculture.

Il existe aussi une théorie faisant venir le dieu de Phénicie par l’intermédiaire de Mycènes, malheureusement je ne possède pas le livre où cette thèse est présentée, mais on peut trouver des infos sur le net anglophone. Originellement Enki, dieu sumérien de l’eau, Poséidon sera vénéré à Beyrouth, à Delos (sous le nom Poséidon d’Ascalon), par les marins et les marchands phéniciens, ce qui en faisait plutôt un dieu des marins que de la mer en elle-même. Par contre là pour le coup, je demande à voir toutes les transformations subies par le dieu. Mais d’un autre côté, sans avoir vu bien sûr la théorie dans le détail, ça n’est pas capillotracté de voir un dieu de la mer protéger les marins et leurs activités.

Bon, maintenant que tout ça a été dit, passons au côté plus personnel. Déjà, les circonstances dans lesquelles m’est apparu le dieu sont à la fois assez bizarres et en même temps complètement dans le thème. En effet, c’est pendant que je m’astreignait à ma séance de natation hebdomadaire qu’il est venu me voir. Et si Isis est aussi une déesse protectrice des marins, elle est plutôt une déesse aérienne. Neptune est une divinité quasi élémentaire, dans le sens où il est le dieu de l’eau, mais dont le domaine de compétence s’étend par association au-delà de ce strict milieu aquatique comme par exemple avec la fertilité, l’agriculture, mais aussi, par la protection des marins, au commerce et à la guerre. L’eau, qu’elle soit douce ou salée, est une aussi une manifestation de l’eau du Noun, l’abîme aquatique dont tout provient, même les divinités ! Cela ne concerne que moi bien sûr, mais entre le silence, la simili-gravité, et la sensation de l’eau enlaçant tout son corps, je trouve la natation vraiment apaisante et relaxante.

Et du coup, m’apparaissant ainsi, il a de suite trouvé sa place dans la compagnie des dieux que je loue. Ce n’est pas quelque chose de sourcé dans le sens où à ma connaissance aucun temple lui étant dédié n’a été retrouvé en Normandie mais, sans que cela ne soit le fruit d’une réflexion, je l’ai de suite considéré comme parèdre de Cybèle en tant que divinité tutélaire de ma Normandie natale. D’où, pour ceux ayant visité dernièrement le forum semat-ankhti, mon petit sujet sur ma région. Mais de toute façon, c’était un dieu de l’Empire, comme elle était une déesse de l’Empire. Et puis bon je ne sais pas vraiment fonctionnaient les divinités poliades gréco-romaines, mais en Égypte elle s’organisaient toujours en couple avec enfant. Ce dernier ne s’est pas encore manifesté, ou peut-être qu’il l’a fait bien avant ses parents et que je ne l’ai juste pas encore identifié en tant que tel.

Publié par : chemou | 30 juillet 2018

Destination finale

Attention, ce billet a été écrit suite à une discussion avec une personne inspirée à coup de boissons spiritueuses diverses et variées. Néanmoins, parmi le flot de propos, une phrase a attirée mon attention : elle parlait d’être complet. Normalement ce terme aurait dû me faire penser à Horus et notamment son œil, qui est le symbole de la complétion suite au mythe lui crève un œil qui est plus tard réparé par Thot. Pourtant ce n’est pas lui auquel j’ai pensé directement, même si Horus n’est pas sans lien avec cette divinité.

Il s’agit de Nefertoum, le dieu au doux parfum qui peut se montrer aussi paisible qu’implacable. En effet, reprenant mes écrits précédents sur ce dieu, il est l’accomplissement, le parachèvement de la Création. Il est donc, et au plus haut point, complet. De plus, il n’est pas sans rapport avec toutes les autres divinités car étant le dieu des onguents et des parfums, il est le dieu des odeurs agréables et, si je ne crois pas que ce soit écrit dans quelque livre que ce soit, il est donc relié à l’encens. Car quel est le but de l’encens sinon être agréable au nez des divinités ? De plus certains termes signifient à la fois parfumer et faire des fumigations. Et même si c’est plus romain qu’égyptien, les offrandes qui était disposées sur l’autel à feu pour les divinités étaient efficaces car l’odeur de leur consumation montait jusqu’aux Cieux. Dieu d’offrande et donc d’une certaine manière dieu-offrande, il s’élève jusqu’aux divinités par son sacrifice. D’ailleurs cette phrase m’en rappelle une autre, disant que Nefertoum est apparu comme un lotus au nez de Rê. Ça fait un peu offrande dit comme ça.

Donc, où veux-je en venir avec tout ça ? Précédemment j’avais dit que, par son rapport aux fleurs et aux onguents, Nefertoum apportait aux mortels ce petit morceau de vie parfaite et idyllique qui est celle des dieux immortels. Mais du coup il montre aussi comment les rejoindre. Sois leur agréable, sois leur offrande, sois leur sacrifice. En te rendant sacré, tu auras gagné ta place parmi eux. Et si de prime abords il semble aux antipodes d’Horus sur ce point, c’est juste qu’ils abordent ce même problème sous un angle différent. Car que montre l’exemple d’Horus ? En accomplissant la Maât, on est reconnu juste de voix et l’on peut poursuivre l’éternité en compagnie des dieux. Ça fait un peu plus guerrier dit comme ça mais la finalité est la même : se rendre agréable aux dieux par ses actions conformes à la Maât, en devenant Horus soi-même en quelque sorte, en incarnant le dieu dans sa chaire, en se rendant sacré.

Et n’est-ce pas là le bout de tout cheminement spirituel ? Si tous sont uniques et donc différents, tous mènent à la même destination.

Publié par : chemou | 2 juillet 2018

Croire

Lors du dernier pèlerinage au Puy-de-Dôme, j’ai participé à une discussion concernant l’intérêt (ou plutôt le désintérêt en fait) des français pour les traditions pré-chrétiennes. En effet, et on l’a vu avec un article récent du courrier international sur la Lituanie, ces traditions religieuses connaissent un certain engouement dans divers pays mais nous ne le retrouvons guère chez nous. Si la laïcité est une partie de la réponse, on se questionnait sur le poids du matérialisme et du consumérisme dans notre société et de sa capacité à remplacer une quelconque spiritualité. Du coup, je me suis posé la question à moi-même : « Pourquoi tu te fais chier à réfléchir, lire des livres qui sont parfois en anglais, à rouler pendant plusieurs heures et dépenser une fortune en péage et essence pour rejoindre d’autres tarés et escalader un fichu volcan alors que tu pourrais faire les soldes et regarder les anges de la télé-réalité comme tout le monde bordel de brun ?! ». Attention, pavé indigeste et chaotique en approche.

Chaque personne doit avoir sa propre raison, comme j’ai la mienne. Pour moi tout commença par une croyance qui, nourrie par un raisonnement logique et des recherches, aboutie à mon adhésion à une tradition et tout ce qui s’en suit. Le fait de croire est donc la base de tout, ce qui est plutôt évident au final. Hors, dans notre société française où le Roi de droit divin et sa famille ont été assassinés, où l’Église a été séparée de l’État, et plus largement dans notre occident où le consumérisme et la science (voir le scientisme, à ne pas confondre avec la scientologie) sont l’alpha et l’oméga, difficile de croire en des divinités. Comme on oppose la science rationnelle, logique et mathématique, à la croyance irrationnelle, d’un autre âge et invérifiable, de base, le développement des paganismes en France semble être mal barré. Il n’y a pas de chiffres vraiment récents mais selon ce que j’ai pu trouver sur le net, grosso modo, 60% des français se réclament du christianisme (dans toutes les acceptations que ça peut avoir), et 8% se réclament de l’islam. Les « autres » religions (comprenant le judaïsme) ne représentant que 2% de la population. Mine de rien ça fait 30% de non-religieux, et selon les estimations ce chiffre va en augmentant, et ce même si l’islam est aussi appelé à croître.

C’est intéressant de noter que, même si le catholicisme semble être en perte de vitesse par rapport aux autres mouvances chrétiennes, ces dernières n’arrivent pas à enrayer cette chute du christianisme. Et pourquoi le christianisme s’affaiblit alors que l’islam se renforce ? Quand on regarde les chiffres disponibles sur l’immigration (qui datent de 2012) nous avons en gros 10% de plus pour l’immigration depuis un autre pays européen, donc historiquement chrétien, que pour un pays africain, continent qui n’a jamais été unifié religieusement et qui est partagé entre l’islam et le christianisme. L’immigration serait donc en faveur des « chrétiens ». Quant à la conversion il est difficile de comparer, d’autant qu’on peut le faire pour rejoindre une religion comme pour en sortir. Aussi, les raisons de cette conversion peuvent être intéressantes à connaître. Est-ce vraiment par adhésion spirituelle (là encore, pourquoi une religion et pas une autre ?), ou pour formaliser une union entre une personne déjà religieuse et une autre qui ne l’est pas ? En fait, je crois qu’en France le christianisme est juste en train de perdre son son bénéfice passé de « religion d’État » et qu’au bout du compte il jouera à armes égales avec l’islam et l’athéisme.

Pourquoi croire ? Et surtout, pourquoi croire en quelque chose et pas autre chose ? J’ai moi-même suivi tout le cursus du catéchisme et de la communion. Pourtant je n’ai strictement aucun souvenir de ce que j’y ai appris, mis à part les très grandes lignes qu’on connaît tous. Pour moi tout ça n’avait pour but que d’avoir des cadeaux à la fin, comme mes grands-frères avant moi. Aller à l’Église tous les dimanches était une corvée, de même que d’aller au catéchisme, et mes parents n’ont pas vraiment montré l’exemple car ils ne sont pas plus pratiquants que moi. Même quant à leur croyance au Dieu chrétien je suis fortement suspicieux. Alors, quand j’ai commencé à me poser sérieusement des questions spirituelles, qu’est-ce qui a fait pencher la balance en faveur du polythéisme plutôt que vers le monothéisme ? Du point de vue des références, tout penchait clairement en la faveur du christianisme, et plus précisément du catholicisme, car il s’agit de la seule religion pratiquée et évoquée dans mon entourage familial. Même si je n’avais eu aucun intérêt pour lui dans mon enfance, ça aurait été l’occasion de le redécouvrir. Mais non. Du côté des influences, au contraire, tout penchait en faveur du polythéisme. Amateur de fantasy, j’ai cheminé à travers moult mondes virtuels habités par autant d’êtres divins. De plus j’ai toujours eu un grand intérêt pour le Japon et ses kamis, même si ces derniers n’ont au final jamais intégré ma pratique. Enfin, je voyais l’antiquité comme une sorte d’âge d’or perdu pour toujours dans les brouillards du mystère et du temps. L’Égypte, la Grèce, Rome, Carthage et même les civilisations précolombiennes. Tout ça m’a toujours fasciné.

Cette simple « opération mathématique » suffit-elle ? Au fil de mes pérégrinations virtuelles, « l’Appel » a souvent été évoqué. Ce dernier proviendrait d’une ou de plusieurs divinités et marquerait le début de la voie spirituelle. D’ailleurs, il souvent été aussi évoqué par des monothéistes, qu’ils soient prêtres ou sœurs. Ce n’est donc pas quelque chose d’exclusivement polythéiste ou païen. En ce qui me concerne, cet appel m’a quelque peu perturbé car, comme j’ai déjà dû le dire, j’ai longuement hésité aux balbutiements de mon cheminement entre Freya et Bastet. La seconde l’aura emporté, mais au final le panthéon germano-scandinave a intégré ma pratique quand même. Mais vu la question qui m’a amené sur le chemin des paganisme, en fait ça se posait surtout entre Osiris et Hela, et là la balance aurait clairement penché en faveur de l’Égypte !

Dans un autre registre, dans une vidéo concernant la gestion de l’apostasie par l’islam, un ex-musulman avançait l’hypothèse que les religions se maintenaient génération après génération parce que les enfants recopiaient leurs parents et adoptaient donc la même religion qu’eux. Ce mécanisme favoriserait le maintient, dans le cadre de sa vidéo, de l’islam dans les pays musulmans peu démocratiques et où la liberté de culte n’est pas aussi protégée qu’en France. Il pourrait aussi expliquer chez nous la perte de vitesse du christianisme car, les gens ayant moins de pression pour garder une « religion d’apparat », ils la quittent, éduquent leurs enfants loin de la religion, et ces derniers feront de même. Mais je ne pense pas me tromper en disant que les païens français ne sont pas nés dans des familles païennes.

Bon, au final tout ça ne mène pas à une réponse claire. Peut-être n’existe-t-elle pas, mais je n’y crois pas. Cette équation est forcément cachée quelque part, comme le livre de Thot ! Ou alors ce qui m’a fait pencher vers le polythéisme ce sont les jeux vidéos, ou les mauvais souvenirs du cathé … Peut-être aussi que ce sont bien les divinités au final qui m’ont appelé. Mais alors comment expliquer la coexistence du Dieu et des divinités vu que tous pratiquent l’Appel ? J’entends déjà le sempiternel : « parce qu’il n’y a pas qu’une vérité, blablablabla … » Non, ça ce n’est pas une réponse, juste une esquive. C’est comme si on disait que la terre pouvait être plate et ronde en même temps, ou qu’elle pouvait être pleine et à la fois creuse et habitée par des reptiliens.

Il y a peut-être quelque chose à chercher dans les définitions. Reprenons depuis le début, et enfonçons des portes ouvertes. Globalement, pour les polythéismes, il n’y a pas de cloison hermétique entre les différentes catégories d’êtres immatérielles, quelque soit la tradition étudiée. Les dieux scandinaves descendent des géants, les dieux grecques descendent également des titans, et pour ce qui est de la tradition égyptienne, il n’existe tout simplement rien d’autre que des divinités d’importances diverses. Même au Japon où il existe une plusieurs catégories d’êtres spirituels on peut vouer un culte à chacune d’entre elles.

Pour les monothéismes il n’y a qu’un seul dieu cumulant tous les pouvoirs et toutes les fonctions, les autres entités immatérielles étant ses créatures et lui étant éternellement et irrémédiablement inférieures et soumises. Les anges sont universels aux religions abrahamiques, et les catholiques adulent (pour ne pas dire adorent car ils n’adorent que Dieu) les saints. En fait la seule différence entre eux et nous, c’est le statut de ces « autres que le démiurge ». Pourtant, étant de facture divine, les créations du démiurge devraient être divines également, non ? Bref, ce n’est pas dans cette direction que semble être la réponse.

Peut-être qu’au final ça dépend vraiment de l’individu, de cette petite étincelle divine qu’il ne tient qu’à nous de trouver et d’alimenter. Vraisemblablement, en voyant que des individus partant plus ou moins du même point de départ spirituel peuvent prendre des chemins différents (différentes traditions, différentes pratiques, différentes croyances), je suis tenté de croire que notre héritage compte au nombre de nos influences. Mais ce n’en est qu’une de plus. Libre à nous de lui donner la place qu’on souhaite, comme il ne tient qu’à nous de prêter l’oreille à ce que disent les divinités. Du coup pourquoi certains se tournent plus facilement vers la spiritualité que d’autres ? J’imagine que ça tient aussi de notre héritage spirituel, plus fort chez certains et plus facile à rallumer.

Publié par : chemou | 6 juin 2018

La quête des runes

Dernièrement, je me suis remis à l’étude des runes. Ce n’est pas la première fois que ça me vient en tête, mais c’est sûrement la première fois que je prends ce travail avec autant de sérieux. Il y a trop de facteurs qui peuvent expliquer ce retour, alors que pendant ma première tentative elles m’avaient semblé complètement obscures et inaccessibles. Je pense que je n’avais pas assez creusé le problème pour commencer, car alors j’aurais aperçu les ponts se dressant entre ce système d’écriture et d’autres systèmes que je connais mieux. C’est notamment le cas du système hiéroglyphique égyptien car s’il ne fait aucun doute que l’égyptien, que ce soit par l’oral ou l’écrit, n’a absolument rien à voir avec les anciennes langues germano-scandinaves, l’utilisation que pouvaient avoir ces peuples de l’écriture (mais au final c’était peut-être le cas de tous les peuples je ne sais pas) me semble proche dans leur finalité. Et même après les simplifications successives de la graphie qui aboutirent au démotique puis à l’usage du grec, les hiéroglyphes « à l’ancienne » restèrent l’écriture magico-sacrée égyptienne.

Le truc c’est que je ne sais même pas pourquoi je les apprends, avec quel objectif. J’ai vu sur différents blogs que l’usage contemporain des runes chez les païens fait un peu débat parce qu’elle ne sera pas « historique ». D’une part certains les utilisent dans leur pratique magique, et d’autre part certains les utilisent comme outil de divination. Basiquement, je ne pratique pas la magie pour des raisons que j’ai beaucoup répété, et la divination … Je m’y suis essayé et, comme pour le shamanisme, je crois que je n’ai pas la fibre pour. Une partie de la réponse doit se trouver dans l’histoire des runes, ou plutôt des histoires.

Du point de vue mythologique, la découverte/création des runes par Odin est aussi intéressante qu’intriguante. Il se sacrifie à lui-même en suivant une procédure bien définie pour se retrouver aux portes de la mort, et là il « hurle » les runes. N’étant pas spécialiste de cette tradition à la base je vais peut-être dire des bêtises mais tout ce processus laisse à penser que les runes étaient initialement inconnues d’Odin, et que pour en prendre connaissance il dû se rendre à la lisière de l’Autre Monde (la nécromancie, et la magie en général, est une pratique qui lui est connue si je ne m’abuse). Le savoir runique est donc un savoir préexistant au dieu. Alors que dans la mythologie égyptienne, si l’on sait que les hiéroglyphes viennent de Thot, à ma connaissance il n’existe pas de mythe racontant leur création/enseignement aux Hommes. Tandis que le dieu égyptien représente le savoir lui-même, le germano-nordique est la quête qui y mène.

Du point de vue historique, j’ai toujours considéré que ce système d’écriture était purement nordique. Pas même germain. Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que nenni. Et même que l’hypothèse la plus probable (selon ce que j’ai trouvé sur le net) fait de l’alphabet runique une récupération/adaptation de l’alphabet étrusque, la zone d’échange ayant été la région des Alpes. Ainsi, d’une certaine manière, le monde germano-nordique est relié au monde latin, bouclant la boucle de mes influences spirituelles. Pour info, selon wikipédia les historiens datent les premières inscriptions runiques découvertes du 1er siècle de notre ère, date coïncidant grosso merdo à la date de la mort du 1er empereur romain (Auguste).

De plus, contrairement aux hiéroglyphes qui sont clairement figuratifs même si parfois la symbolique est difficile à maîtriser, les runes ont ce côté mystérieux jusque dans leur graphie. Au premier abord du moins car ceux qui sont habitués à travailler avec elles ont tous leur petite analyse. En plus, si l’on se base sur l’ancien futhark qui semble le plus utilisé, il ne comporte que 24 runes. Concernant les hiéroglyphes, il y en a plusieurs centaines. Même si au premier regard leur compréhension peut sembler plus simple par leur côté figuratif, leur maîtrise demande au moins autant de temps que tout autre système ce qui, multiplié par le nombre des signes, fait que, sans être impossible, c’est très fastidieux.

En fait j’ai l’impression qu’Odin est indissociable des runes et que d’une certaine manière c’est autant lui qu’elles qui me pousse à cette étude. Pourtant ce n’est pas que le panthéon égyptien manque de divinités liées au savoir, mais Odin est unique en son genre. Ce n’est pas tant le dieu du savoir que celui de sa quête et de son utilisation pour accéder à ses fins.

Dans les contes égyptiens, nombreux sont ceux racontant l’histoire d’érudits/sorciers (l’un va toujours avec l’autre) à la recherche du mythique Livre de Thot conférant des pouvoirs dignes de ceux d’un dieu. Mais son obtention est toujours vu par son divin rédacteur comme un sacrilège et, au final, le mage qui l’a découvert fini toujours par s’en débarrasser car il devient plus une malédiction qu’autre chose.

Sans doute parce que les peuples germano-scandinaves se sont développés dans de toutes autres conditions, leur vision du Savoir était différente. D’ailleurs à ce niveau on peut dissocier les scandinaves des germains car leur environnement devait être encore plus rude. Le Savoir, magique ou pas, était une question de survie. D’ailleurs ça se retrouve avec toutes les pérégrinations d’Odin, sa récolte de la moitié des guerriers tombés, etc. En tant que chef des dieux, il est de sa responsabilité d’assurer leur survie face à leurs nombreux ennemis. Même si au final la mort est inéluctable. Car en plus de ne pas être immortels, les dieux du Nord ne sont pas invulnérables. Au final Odin est un peu le dieu du survivalisme !

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