Publié par : chemou | 14 octobre 2019

Arès

Il y a quelques temps j’avais écrit je crois à propos e Mars, cousin germain italique. Même sans avoir fait de recherche un minimum poussé il est de notoriété commune qu’Arès n’était pas en odeur de sainteté en Grèce, mais du coup il faut voir ce qu’il en est vraiment. Son nom vient du dorien « ara » qui signifie : fléau, ruine, malédiction, imprécation. Il aurait pu évoquer la mêlée guerrière et être synonyme du mot bataille. De plus, Areios est un épithète construit sur le nom du dieu pouvant être attribué à toute divinité apparaissant dans un aspect guerrier, même Aphrodite. Bien que la majorité des dieux le méprisent, même ses propres parents comme on peut le voir dans l’Illiade, ainsi que la majorité des grecs (à part les spartiates), il eu une descendance nombreuse, et pas seulement avec Aphrodite.

De part ses activités guerrières, Arès est logiquement le père de Peur et de Terreur, Phobos et Deimos, avec Aphrodite, mais aussi des Érotes, groupe de divinités liées à l’amour, et d’Harmonia. Considérant Aphrodite comme celle qui rapproche par les plaisirs (la déesse n’est-elle d’ailleurs pas née de l’émulsion du ciel et de la mer ?), et Arès celui qui éloigne par le conflit (histoire d’être euphémique), l’harmonie est bien l’équilibre entre les deux. Il est également le père d’Adrestia avec Aphrodite, déesse plus complexe et visiblement plus proche de ses frères car elle est rapprochée de Némésis, mais aussi de Rhéa car le sens de son nom (vient de didráskô, s’enfuir, avec le « a » privatif, ce qui donne Celle dont on ne peut s’enfuir) fait partie de ses attributions de mère punissant l’injustice/les entorses à la justice divine. Adrestia était donc la déesse de la révolte, du châtiment et de la justice, et a été rapprochée de Némésis. Il serait également le père d’un monstre, le dragon de Thèbes qui sera tué par Cadmus, ainsi que des amazones. Comme beaucoup de divinités grecques, des hymnes ont été écrits sur lui, notamment homérique et orphique. Et si concernant Poséidon, ces hymnes étaient plutôt similaires, on va voir que ce n’est pas du tout le cas pour Arès.

Hymne homérique

(Bon là dans la version que j’ai trouvé c’est le nom de Mars qui apparaît mais on peut le remplacer par Arès.) Mars puissant, qui sous ton poids fais plier un char, toi dont la tête est armée d’un casque d’or et le bras d’un bouclier, dieu magnanime au bras vigoureux, sauveur des cités, divinité cuirassée d’airain, rempart de l’Olympe, père de la Victoire dans une guerre équitable, soutien de Thémis, terreur de tes ennemis, chef des hommes vertueux, roi de la force, qui roules dans les airs un cercle lumineux au milieu des sept planètes, où t’enlèvent sans cesse d’ardents coursiers au-dessus du troisième orbite, exauce mes vœux, ami des héros, source d’une jeunesse audacieuse. Répands sur ma vie du haut des airs, et la douce clarté et la force martiale ; que je puisse éloigner de ma tête l’amère douleur, réprimer par ma prudence l’impétuosité trompeuse de mon âme, et retenir la fougue de mon courage qui me pousse à la guerre cruelle ; accorde-moi, dieu fortuné, de vivre sous des lois pacifiques en évitant l’impétuosité des guerriers et la mort violente.

Hymne orphique

Ô Indomptable, au grand cœur, robuste et terrible Daimôn, qui te réjouis des armes, invincible tueur d’hommes, qui renverses les murailles, roi Arès, qui aimes le meurtre, toujours souillé de sang humain, effrayant, qui excites au combat, qui te plais au choc des épées et des lances, cesse la furieuse bataille et son travail désastreux, sois plein du désir de Kypris (Aphrodite) et de Lyaios (Dionysos), échange la force des armes contre les travaux de Dèmètèr, et amène la paix qui nourrit les enfants et donne les richesses.

Voilà voilà. Dans le premier, la nature belliqueuse d’Arès est clairement mise à profit et transmutée de façon positive et utile aux Hommes, alors que dans le second sa nature sanglante est mise en avant. Arès est donc clairement une force chaotique dangereuse qu’il convient sinon de contraindre, du moins de canaliser.

Tout ça me questionne sur pourquoi ce dieu est intervenu dans ma vie. De part mon métier, il peut correspondre en partie quand on regarde l’hymne homérique, mais ce dernier fait presque plus romain (bon là c’est normal vu que c’est Mars et non Arès qui est cité, mais il suffit de remplacer les noms). À la limite j’aurais plutôt vu Athéna ou Zeus. Mais c’est lui qui est intervenu, donc si l’angle professionnel n’est pas à occulter je ne dois pas m’y limiter. Peut-être qu’Arès représente cette part violente présente chez tous, notre côté Daenerys mère-des-dragons qui règle tout à côté de feu de dragon, qui est également le contrepoids de notre part d’Aphrodite et qu’il faut apprendre à canaliser, contrôler et transmuter de façon positive et utile. Comme dit dans l’hymne homérique, Arès est aussi la combativité, le courage les spartiates aux Thermopyles. Arès peut aussi être la volonté de (sur)vivre malgré les coups durs du destin.

Publié par : chemou | 3 octobre 2019

Poséidon

Cela fait longtemps que je n’avais pas vraiment publié ici, et dernièrement l’envie m’a reprise avec un hymne. Et en repassant rapidement sur les derniers textes que j’avais publié, je me suis rendu compte que l’année dernière déjà, j’avais publié quelque chose pour l’automne. Je suis visiblement plus sensible à l’influence des équinoxes (parce que ça fait la même pour le printemps) que les solstices. Le passage de l’équinoxe marque le dépassement du point d’équilibre entrée les deux phases du cycle saisonnier, le passage de l’une à l’autre, alors que le solstice marque l’apogée d’une de ses phases. Et pour cet automne j’ai envie de parler de Poséidon. De la fratrie olympienne, c’est peut-être le plus mineur. Zeus à le ciel supérieure, Hadès le « ciel inférieur », si l’on peut dire, et Poséidon a les étendues marines. Même pas vraiment la frontière entre les deux autres frangins, mais un bout seulement. Comme j’aime les tableaux, j’en ai fais quelques uns mais ce n’est vraiment pas pratique à poster donc je vais faire pour le mot pour être compréhensible.

Déjà, Poséidon est potentiellement un dieu pré-hellénique, déjà attesté dans l’écriture mycénienne (Posedawone). Par deux épithètes, il aurait été relié à l’infra-monde (Wanax) et aux séismes (Enesidaone). Il aurait également eu deux épouses divines, Déméter (Damate) et Perséphone (Pasiphaë), la première étant lié à un aspect chevalin du dieu, la seconde à un aspect bovin. Le bœuf restera un des animaux qu’on sacrifiera au dieu. D’ailleurs, il faut savoir qu’un culte mystérique persista, basé sur un mythe arcadien faisant le lien entre Poséidon et Déméter. Dans celui-ci, le dieu voulait s’unir à la déesse, mais cette dernière s’y refusait. Comme celle-ci se transformant en jument pour le fuir, il se transforma en étalon et la viola. Naquit alors le cheval Arion, et la déesse Despoina, à qui sera dédié le culte mystérique. Par la suite, Déméter n’étant pas jouasse des événements, devint Déméter Erinys, représentée sous la forme d’une déesse à tête de cheval et aux cheveux de serpent. Le dieu n’était donc pas lié à la mer mais plutôt aux eaux souterraines, sourdissant du sol et expliquant peut-être le lien aux séismes.

Souvenir de ces attributions, un temple dédié à Poséidon sera plus tard restauré par un empereur romain. Interdit aux hommes, le temple était construit autours d’un point d’eau relié au domaine infernal, donc potentiellement soufré ou quelque chose dans le genre. Cela évoque le schéma indo-européen de double naissance que l’on trouve chez les celtes, mais aussi la figure du cheval aquatique et lié au monde des morts. En plus, comme on le verra par la suite avec l’étymologie de son nom, le lien entre le cheval et le dieu était certainement aussi noué par l’idée aristocratique. Enfin, et même si là c’est clairement plus de l’intuition personnelle, on pourrait le relier aux premiers habitants de la Grèce, les pélasges (Pelasgoi en grec), un des épithètes du dieu étant Pelagaîos (de la haute-mer, venant de pelagos, la mer).

Ce changement de périmètre du dieu intervint sans doute avec l’arrivée des premiers grecs et la réorganisation du panthéon, manifestée dans le mythe de la titanomachie. D’ailleurs dans ce dernier c’est Poséidon qui ferme les portes du Tartare au fond de la mer. Pourquoi un tel glissement ? Cela est sans doute lié à son nom. Une première hypothèse donne comme sens Mari (Posis) de la terre (dâ, le même que dans Déméter), l’autre Seigneur (Posis) des eaux (dâwon). Le changement de casquette pourrait s’expliquer par une relecture. La longue liste de ses épithètes confirme ses liens avec la mer comme avec la terre, même si les hymnes, « tardifs » s’axent surtout sur son côté marin. Mais Poséidon serait quand même le créateur du premier cheval, né après que le dieu ai fendu une montagne avec son trident. Ce changement de domaine explique aussi peut-être pourquoi le dieu est impliqué dans un certain nombre de conflit entre divinités pour le patronage de villes (qu’il perd souvent), même si visiblement il était patron de nombreux villes, surtout en Grande-Grèce.

Pour finir, quand on lit la liste de ses épithètes, mais aussi qu’on s’intéresse à leur étymologie, le côté vague (lol) de certains est intéressant. Certains peuvent clairement faire référence aux séismes comme aux vagues ou aux tempêtes, ou même pourquoi pas au bruit d’un cheval au galop même si, selon les spécialistes, les dieux grecs et pré-grecs n’ont jamais eu de forme en tout ou partie animales.

Comme d’habitude, pourquoi je me sens proche de ce dieu, suffisamment pour prendre la peine de faire ces recherches et d’écrire cet article ? Une partie de la réponse vient de ma région natale. Elle n’a à mon avis jamais vu de colonisation grecque comme a pu le connaître le sud de la France, mais, (à ce qu’il paraît) la Normandie est connue pour ses élevages de chevaux, et aussi pour ses pans de falaises s’effondrant régulièrement dans la Manche. Il y a certainement aussi quelque chose à creuser au niveau du coté bovidé du dieu. Une région entre terre et mer pour un dieu entre terre et mer. Une autre partie vient sûrement du côté « eau de l’infra-monde ».

Dans la cosmogonie égyptienne, le seul point commun entre toutes les versions est qu’à la base il y avait, et a toujours, le Noun, une étendue d’eau contenant l’infinité des possibles non encore manifestée. Dans la mythologie grecque, on voit qu’à chaque génération d’êtres divins, les rôles se transmettent. Les titans des mers furent remplacés par les dieux des mers, plus proches des hommes. Poséidon représente donc pour moi cette ultime manifestation du Noun, porte d’accès à cette eau/matrice originelle d’où tout émergea. Et où j’espère pouvoir me baigner.

Publié par : chemou | 27 septembre 2019

Hymne à Sérapis

Voilà un petit hymne en l’honneur de Sérapis inspiré par l’automne. À la base il ne devait pas se présenter comme ça mais comme la mise en page par bloc de ce site est merdique j’ai dû m’adapter.

 » Ô grand seigneur, lumière des cieux et des cœurs ; La nuit a englouti tes yeux, le silence envahi tes oreilles ; Ô grand seigneur, acclamé des dieux et des hommes ; La fatalité s’est abattue sur toi, ta flamme s’est éteinte.

Taureau divin, quel effroyable malheur ! Dispensateur des biens, la foule pleure ton nom ! Héraut de Maât, la folie s’empare du monde ! Héritier de Rê, le chagrin règne.

Mais raffermi ton cœur, natif de l’orient ; On ouvre ta bouche, et ta voix retenti ; On ouvre tes yeux, et le monde s’éclaire ; On ouvre ton nez, et l’encens s’élève.

Ton peuple t’attend, seigneur de l’occident ! Dispense ta lumière, taureau de ta mère ! Ton héritier approche, défenseur de son père ! Prend la place qui est la tienne, premier du tribunal.

Ô grand dieu de Memphis, tes pieds fouleront de nouveau cette terre ; Ô grand dieu de l’autre rive, ton disque éclairera de nouveau cette terre ; Ô grand dieu au bras puissant, ta loi est absolue ; Ô grand dieu siégeant sur un trône d’or, puisses-tu d’un œil favorable me regarder. « 

Publié par : chemou | 25 avril 2019

La Dame à la grenade

Jusqu’à présent j’ai toujours considéré que dans le polythéisme, même si deux divinités pouvaient sembler être le copier-coller l’une de l’autre, elles ne pouvaient être une seule et même divinité, les deux peuples les ayant porté étant forcément intrinsèquement différents. Sinon on parlerait d’un seul peuple. À la limite, ces divinités pouvaient avoir un concept-cœur identique, mais ce dernier, en se multipliant pour habiter deux terres, était devenu deux êtres à part entière comme le sont des jumeaux homozygotes. Ainsi sont pour moi Junon et Héra. Ayant abordé la tradition dite classique par la déesse romaine, il semble que la déesse grecque se montre.

Comme dit dans mon article sur Junon, la déesse serait la manifestation de l’énergie vitale. Il est vraisemblable que la déesse grecque provienne de la même source. Tout d’abords, plusieurs attributs la relient au domaine de la fertilité : la grenade, la vache, le lotus et le lys. De plus, de part sa généalogie (petite-fille de Gaïa, fille de Rhéa), elle dispose de cette ascendance. C’est également cette ascendance qui se manifeste, à mon avis, dans 02 autres attributs de la déesse : le lion et la panthère. Attributs de Rhéa/Cybèle, ils représentent le côté sauvage et dangereux de la fertilité, la Terre étant à la fois nourricière et meurtrière. C’est peut-être aussi cet élément qui apparaît à travers la face jalouse et revancharde de Junon vis à vis de son divin époux et de ses multiples conquêtes. Enfin, son nom évoquerait la « belle saison ». Cependant cette étymologie ne fait pas l’unanimité, d’autres termes étant proposés : aimé(e), air, voir même héro.

C’est également une reine. De part son mariage avec Zeus, l’éclair céleste fécondant la matrice terrestre, elle dispose également du diadème, du sceptre et du trône, mais aussi du coucou, forme sous laquelle Zeus la courtisa par son chant. Cela fait également d’elle la déesse du mariage et de la femme mariée, mais elle est en fait la protectrice de la femme en général car elle est aussi la protectrice des vierges et des veuves.

L’étude de sa descendance est également intéressante :

  • Arès, la furie guerrière, qui va bien avec le côté revanchard de sa mère ;
  • Héphaïstos, le feu terrestre, son père étant un feu céleste et sa mère étant liée à la terre (conception indo-européenne) ;
  • Angelos, devenue déesse des Enfers après qu’elle ait dû s’y réfugier pour fuir la colère de sa mère ;
  • Enyo, destructrice des cités, parfois confondue avec Eris, déesse de la discorde (également fille d’Héra), mais que je rapprocherais plutôt de la romaine Bellone ;
  • Hebe, déesse de la jeunesse ;
  • Typhon, donné aussi comme enfant de Gaïa (mais étant sa descendante, elle peut être sa remplaçante).

Héra est donc évidemment proche de sa consœur Junon. Elle est à la fois déesse de la fertilité et de l’État, et un peu de la guerre par son caractère et son fils Arès. De plus, son épithète Aigophagos (mangeuse de chèvre) me fait inévitablement penser à la forme de Junon habillée d’une peau de chèvre (Juno caprotina). Néanmoins les grecs ne sont pas les romains, aussi les déesses ont d’indéniables différences, dont le paon, un des attributs d’Héra, est le symbole. Animal inexistant en Grèce, ils tirent pourtant le char de la déesse. Les grecs les appelaient eux-mêmes « oiseaux perses », et si Argos était l’une de ses cités de prédilection, Samos l’était aussi. Située en Anatolie, cette ville indique l’influence orientale de la déesse. Par ses attributs félins hérités de Rhéa/Cybèle (Cybèle étant aussi anatolienne), par sa fille déesse des Enfers, mais aussi par sa tutelle des veuves, elle s’éloigne de sa cousine romaine qui a par contre un côté « civil » bien plus développé.

Pour finir, j’ai vu sur le net qu’on la rapprochait de l’égyptienne Hathor (par l’intermédiaire du symbole de la vache), comme ce fut également le cas pour Aphrodite. Pour le coup il s’agit de deux peuples vraiment différents, par rapport aux grecs et aux romains. Effectivement Hathor est la déesse des « plaisirs », et de son union avec Horus elle donne naissance à un autre Horus « qui unit les deux terres ». Mais, forcément, Hathor est une déesse plus complexe que ça. Son nom comporte le hiéroglyphe Hwt ressemblant à un plan de bâtiment vu du dessus. Elle est la demeure d’Horus, son temple, sa chapelle funéraire. Hathor est une déesse appartenant au Ciel, à la Terre, et aux Enfers, même si les égyptiens avaient une vision des Enfers différente de celle des grecs. Héra est visiblement liée à ces trois sphères. Dans le mythe de la rébellion des Hommes contre Rê, d’Hathor émerge Sekhmet, déesse lionne des maladie et du carnage, comme naît Arès d’Héra. Hathor est la vache céleste sur le dos de laquelle monte Rê lorsqu’il laisse le trône terrestre à son héritier, et Héra est « Celle des hauteurs » et « Celle de la butte », en plus d’être une olympienne. Si le côté souveraine d’Hathor n’est pas vraiment mis en avant dans le panthéon égyptien (rôle plutôt dévolu à Isis qui est la manifestation du trône, mais les deux déesses ont été largement rapprochées l’une de l’autre), elle reste l’épouse d’Horus, qui lui est clairement le dieu-roi. Et si le rôle de déesse du mariage est absente des déesses égyptiennes, c’est seulement que le concept même de mariage était absent de la société égyptienne, où un couple était considéré marié de fait, dès qu’il s’installait ensemble. À la limite, dans les couches supérieures de la société, on rédigeait un contrat de mariage, au cas où.

Junon-Hathor-Héra, auxquelles je pourrais rajouter sûrement Isis, sont toutes des déesses nées d’une même idée exprimée différemment. En tant qu’héritière de Gaïa et de Rhéa, elle est la matrice divine qui permet la manifestation. Entité primordiale, Gaïa enfanta les titans, dont Rhéa qui, elle-même, enfanta les olympiens, dont Héra. La déesse est une réactualisation de sa mère, réactualisation toujours plus proche du domaine des Hommes (n’existe-t’il pas une Héra alexandros, protectrice des Hommes ?). Pour reprendre le fil de l’histoire, à la base, une déesse couronnée de fleurs m’était apparue, tenant dans sa main gauche une grenade (le fruit hein). De part son apparence classique, je m’étais d’abords tourné vers Cybèle. Ensuite, le temps ayant passé, vers Junon. Maintenant, c’est au tour d’Héra. Avec le développement précédent, je me demande si, comme pour Isis et Sérapis, étant donné le blocage psychologique que j’ai avec certaines divinités, elles n’arrivent pas à m’atteindre en me présentant d’autres visages. Déméter, en tant qu’autre fille de Rhéa et disposant de liens symboliques avec sa sœur (en tant que résultats de la division symbolique de leur mère?), sera peut-être la prochaine déesse sur la liste. En plus j’ai déjà écrit sur Rénénoutet, qui me fait inévitablement penser à la déesse grecque.

Publié par : chemou | 13 février 2019

Sire Apis

Sarapis est un dieu pour lequel, comme Isis, je n’avais pas une haute estime initialement. Ce n’est pas un dieu très connu et, sans doute du fait que sa période de gloire corresponde à la fin de l’histoire de l’Égypte païenne, peu d’historiens se sont penchés sur son cas. Il faut dire qu’au sein même de son cercle familial, la première place lui fut vite confisquée par sa parèdre. Pourquoi si peu d’estime ? Et bien le peu d’informations que j’avais pu glaner sur ce dieu laissait apparaître une construction religio-politicienne complètement artificielle destinée à légitimer une dynastie nouvelle et étrangère et accessoirement faire sa promo à l’international. Étant déjà frileux avec les syncrétismes validés par des siècles d’existence, Sarapis n’avait pas la moindre chance.

La légende veut que Ptolémée 1er voit en rêve un dieu lui demandant, grosso modo, de ramener sa statue en Égypte. Le roi demande conseil aux experts de son entourage qui, après des recherches, identifient le dieu comme un Jupiter infernal (ou un Pluton selon les versions) originaire de la région Sinope (côte nord de la Turquie). Ni l’un ni l’autre ne sont attestés par les archéologues, par contre la cité vouait un culte à un héro qui pouvait remplir des fonctions similaires. Après plusieurs péripéties, la statue du dieu arrive bien à destination où un temple à sa mesure l’attend. Peu importe la version, le dieu ne reçoit le nom de Sarapis qu’une fois arrivé dans la capitale lagide, avant quoi son identité reste hypothétique et soumise à l’interprétation de ses attributs : un cerbère et un serpent.

De part ses attributs et fonctions, ce dieu mystérieux est assimilé à plusieurs dieux classiques :

  • Hadès, ce qui s’explique par la présence d’un cerbère aux pieds du dieu et ses dénominations précédentes ;
  • Dionysos, qui est aussi lié à la mort et que l’on peut relier au calathos qui servait de couvre-chef au dieu ;
  • Zeus, par la dénomination précédente de Jupiter, et aussi peut-être parce qu’il servait de dieu dynastique des lagides ;
  • Asclépios, à relier sans doute au serpent. Sarapis fut aussi considéré comme un dieu guérisseur, comme asclépios, et la mue du serpent qui était un de ses animaux pouvait faire écho à l’aspect dionysiaque du dieu.

Cependant, selon un étude publiée en 2000, il semblerait que cette légende ne soit là que pour légitimer un dieu qui était bien autochtone et présent avant les lagides. Tout d’abords il existe une tradition égyptienne de récits dans lesquels une divinité apparaît en rêve à quelqu’un pour le conseiller ou lui donner une mission. Il existe l’exemple du sphinx qui ordonna à Thoutmosis IV de le faire désensabler alors qu’il dormait à ses pieds, mais celui de cette statue guérisseuse prêtée par Pharaon a un monarque étranger afin que sa fille soit guérie d’un mal incurable et qui, désirant garder pour lui la statue, fait des mauvais rêves envoyés par le dieu qui le menace.

De plus, il est attesté dans les Nomina Asias de Nymphodore, rédigé en 300 avant notre ère, l’existence du nom Soroapis, pour désigner les taureaux apis morts. Sous le nom d’Osirapis, il était vénéré comme un dieu. Sur le site de son temple, les archéologues ont retrouvé des dédicaces datant du règne de Ptolémée II. Il n’est donc pas impossible que le culte ait vraiment commencé à l’époque du fondateur dynastique. Pour rappel, le pays passe sous domination hellénique en 332 quand Alexandre en chasse les perses achéménides, mais les grecs sont déjà installés dans le pays depuis la fondation de Naucratis en 650 (toujours avant notre ère). Les grecs ont donc déjà eu le temps d’assimiler le panthéon égyptien.

Selon les règles de l’interpretatio, Osiris peut être logiquement relié à Hadès, pour son côté souverain des morts, et à Dionysos pour son côté dieu de la fertilité et de la résurrection. Apis est cependant plus typiquement égyptien même si les grecs l’assimileront au personnage mythique Épaphos. Manifestation vivante, de chair et de sang du dieu Ptah, dieu-artisan et démiurge, il devient à sa mort un Osiris, comme « tout le monde ». C’est ainsi que né Osiris-Apis. Plus vénéré des trois taureaux sacrés, il sera, comme Osiris, associé au soleil et arborera son disque entre ses cornes.

En lui-même le taureau symbolise le ka, c’est à dire le principe énergétique que les mortels comme les immortels possèdent, support des caractéristiques individuelles issues de l’hérédité. Retourner à son ka est une métaphore signifiant mourir, retourner à ses ancêtres. Ka de Ptah, démiurge memphite assimilé à Héphaïstos, et de Rê, démiurge héliopolitain, il est le ka originel et ultime. Mais bon, les grecs n’ont jamais été très fanas de dieux zoomorphes. À part ceux installés en Égypte peut-être. Un nouveau visage et un mythe fondateur n’étaient pas de trop pour que le dieu autochtone, adopté par les grecs d’Égypte, puisse devenir un vrai dieu pan-hellénistique. Certes pas aussi ouranien (merci à Isis qui a compensé à ce niveau là) qu’un Zeus/Jupiter, mais démiurge, artisan, et souverain infernal en un seul être. Un vrai dieu souverain !

Maintenant, pourquoi faire un article sur Sarapis ? Surtout que, comme je l’ai dit au début, je ne l’ai jamais vraiment apprécié à cause de l’opinion que j’en avais (bricolage politique). Le fait de savoir que la théorie initiale du bricolage était infondée, même si le mythe sur lequel elle se base reste incohérent avec ce que l’on sait de l’histoire du dieu, a largement contribué ma vision de lui. Et je me dis que, peut-être, quand jusqu’à présent je pensais et voyais Apis, c’était déjà Sarapis qui était là. Car les dieux savent prendre la forme la forme nécessaire quand ils veulent communiquer.

Publié par : chemou | 5 décembre 2018

La magie

Il y a quelques temps déjà j’avais pensé à poster quelque chose par rapport au côté éthique/moral, ou pas, de la magie. Mais finalement je l’avais gardé en soute parce qu’il ne me satisfaisait pas complètement. Je ne peux pas encore aujourd’hui donner une réponse définitive, même si je sais qu’elle ne serais que le reflet de mes pensées actuelles, mais c’est déjà un début de réflexion car c’est un sujet qui est promis à un long avenir.

« La magie est-elle éthique ? Aujourd’hui, où le net païen est parsemé de sites et autres blogs sur la magie, la question peut paraître saugrenue. Mais selon le système dans lequel on évolue, et les valeurs qui y sont rattachées, ce n’est pas forcément évident. En effet, vivant dans un monde habité et entretenu par tout un tas de divinités, rompre le cours naturel des événements et le détourner par magie pourrait passer pour un crime de lèse-divinité,justement. Si, à la suite d’une prière ou d’un rituel, aucune divinité n’accède à notre souhait c’est, que cela nous plaise ou pas, qu’il en sera ainsi.

Pourtant, et ce dans quasi toutes les traditions, on peut trouver des exemples de divinités usant également de la magie pour influencer le cours des événements. Que ce soit à des fins de guérison, de divination, ou des trucs un peu plus complexes et ambigus (la métamorphose est fréquente, quel que soi son but), la magie fait partie intégrante de l’action des divinités. D’ailleurs d’aucuns considèrent que la magie est le moyen d’action naturel et privilégié de ces dernières.Du coup, si les divinités elles-mêmes ont cette pratique, on peut considérer qu’elle est éthique car les divinités, garantes et actrices des règles et du fonctionnement de la Création, ne peuvent agir contre Elle.

L’outil étant éthique, reste à déterminer si la fin pour laquelle il est utilisé l’est. Et là encore, quand on regarde comment les divinités en font usage, il y a parfois de quoi se poser de sacrées questions sur l’éthique de leur utilisation de la magie. Pour ça je me base sur les 2 panthéons que je connais le mieux niveau utilisation de la magie, à savoir les panthéons égyptien et nordique.

Dans la mythologie égyptienne, la grande majorité des situations dans lesquelles les divinités ont recours à la magie se situent dans le grand mythe osirien. Dans ce cycle, Horus et Seth se métamorphosent en plusieurs animaux différents pour se battre l’un contre l’autre, Thot crée un nouvel œil à Horus qui l’a perdu dans l’un de ces combats, et Seth essaie de violer Horus pour le décrédibiliser en tant que roi. Mais la divinité qui a le plus recours à la magie est bien entendu Isis :

  • elle ranime Osiris et conçoit avec lui un fils post-mortem
  • elle donne de nouvelles mains à Horus après avoir tranché les anciennes qui avait recueilli le sperme de Seth (suite à la tentative de viol mentionnée plus haut)
  • elle change d’apparence pour berner Seth et lui faire avouer que son combat est injuste
  • elle empoisonne Rê pour obtenir son nom secret, soi le nom secret du démiurge, soi le pouvoir du souverain de la Création lui-même

Et je crois que c’est à peu près tout. De même, et même si je connais moins bien la mythologie nordique, il y a multitude d’utilisation de la magie.Déjà, Odin et Loki se métamorphosent souvent en animaux pour se sortir de situations compliquées, Odin a recours à la divination,etc.

D’un côté comme de l’autre, on peut considérer éthique cet usage de la magie car,au-delà du fait qu’il soit le fait d’une divinité, et même sil’acte en lui-même peut ne pas être moral (en fait, en y réfléchissant bien, à peu près tous les cas cités rentrent dans cette catégorie), c’est la finalité de l’action qui compte.Pourquoi les divinités volent, blessent, trompent ?Systématiquement, c’est parce qu’ils ont affaire avec des« ennemis » de l’ordre divin. Typiquement, chez les nordiques, les dieux n’ont aucune pitié avec les géants,représentants du coté chaotique de la Nature alors qu’eux-mêmes représentent l’Ordre. Du côté égyptien, et ça se retrouve chez le Loki nordique, ces actions magiques ont pour but de vaincre un ennemi qui, même s’il fait partie de l’ordre divin, a en quelque sorte trahi ses pairs (pour Seth, il a usurpé le trône). C’est là qu’on voit que le lieu de vie d’un dieu a son importance.

Pour les égyptiens,l’ennemi principal était le désert, brûlant et aride, impropre à l’agriculture et à l’élevage. Pourtant, ce désert apportait aussi une protection relative face aux invasions. Au contraire, les nordiques ne bénéficiaient pas d’un fleuve nourricier et fertilisateur sous un climat chaud. Quand dans leur cosmogonie le monde naisse entre le feu d’un côté et le froid de l’autre, cela montre selon moi qu’ils étaient bien conscients que leur vie ne tenait qu’au fragile équilibre entre les deux. D’ailleurs, c’est aussi édifiant que si pour les égyptiens, Seth, dieu du désert,faisait partie du cercle des dieux même s’il régnait sur une terre inhospitalière, chez les nordiques Skadi, en tant que déesse de l’hiver, tient peu ou prou le même rôle. En accueillant« l’ennemi » chez les dieux, on peut l’amadouer et négocier avec lui.

Bref, donc, la magie est éthique si elle sert au final le camp des divinités. Mais du coup, dans la vie pratique de tous les jours, comment faire pour savoir ? »

Mon opinion n’a pas trop changé dans son constat initial. La magie se base sur une utilisation de lois ésotériques prévues par la Création. Si un rituel fonctionne, c’est parce qu’il utilise correctement ces lois. La Création étant régie par des divinités,immanquablement un rituel va interférer avec leurs actions. Même si elles ne sont pas invoquées directement, une interférence causée par un magicien dans leur chasse-gardée peut être considérée comme une interférence à leur action. Comme un fleuve dont on modifie la course artificiellement. Mais cela fait-il inévitablement de la magie une action sacrilège ?

Tout d’abords les divinités elles-mêmes en usent. De plus, la magie se base sur la connaissance des lois qui régissent la Création. Cela veut dire qu’elle ne contrevient pas par nature à la Maât.

Ensuite,je n’ai plus le texte exact en tête mais dans la tradition égyptienne la magie est un dieu des divinités à l’humanité pour qu’elle puisse combattre le mauvais sort. Globalement, et ce n’est pas si différent, les divinités ont donné à l’humanité l’Esprit et la connaissance. La recherche et l’utilisation de la magie entre dans ce cadre. Et puis j’ai du mal à croire que l’ancienne Égypte,avec ses prêtres pratiquant une magie d’État, aurait pratiqué quelque chose d’amoral pendant trois millénaires (même si en soit le fait qu’une magie soit pratiquée par le pouvoir en place n’implique pas obligatoirement sa moralité).

Je pense que le biais principal de cette question vient de l’anthropomorphisation excessive des divinités. L’humain a donné des traits plus ou moins humains, plus ou moins matériels ainsi que des mœurs aux divinités pour mieux les appréhender. Mais leur nature profonde nous reste inaccessible et dépasse notre entendement. Les dieux sont immortels et s’ils peuvent agir sur le monde physique, ils n’en restent pas moins à l’extérieur de celui-ci. Ils ont les manifestations qu’ils veulent bien se donner.Et puis l’humanité étant une création, et donc une descendance d’une certaine manière des divinités puisque part de la Création,n’est-ce pas naturel de chercher à utiliser les mêmes outils que nos lointains ancêtres ? Je ne sors pas du domaine égyptien parce que c’est celui que je connais le plus mais ne se tournaient-ils pas vers la magie assurer leur survie dans l’Au-Delà et continuer leur chemin en compagnie des dieux, pour devenir eux-mêmes des dieux ?

Du coup ma petite conclusion initiale reste valide. Ce n’est pas la magie en elle-même qui pose problème, mais les raisons pour lesquelles on l’utilise. Mais cela ne vaut-il pas pour tout ?Malheureusement cela fait partie de la nature humaine de détourner toute bonne idée en moins bonne idée si cela peut servir ses intérêts. Le meilleur exemple en est l’énergie atomique, qui alimente nos sociétés mais peut aussi la rayer de la carte en un instant. Et ce n’est qu’un exemple parmi une myriade.

Publié par : chemou | 25 septembre 2018

Equinoxe

Il fut un temps où, en cet endroit, existait une page où j’avais exposé brièvement en quoi pourrait consister le calendrier rituel que je pourrais suivre. Inspiré de la tradition égyptienne mais adapté à mon cadre de vie, j’avais fini par supprimer la page parce qu’à l’époque je n’avais pas la motivation de suivre ce calendrier. Il y a peu je me suis recréé un petit tableur avec, mois par mois, les célébrations qui me semblent importantes. En gros les fêtes liées aux divinités qui me semblent importantes. Et finalement je me rends compte que je retrouve la trame de mon calendrier originel. L’équinoxe est la deuxième fête que j’ai célébré, et encore, si on peut appeler ça célébrer. Je ne sais pas si j’ai ressenti ça pour la première fois, ou si c’est juste parce que là j’ai fais le lien entre ce sentiment et l’équinoxe, mais j’ai ressenti un profond sentiment de deuil généralisé.

Dans mon calendrier l’équinoxe marque l’assassinat d’Osiris par Seth. L’héritier de Rê sur Terre, celui qui a apporté la civilisation aux Hommes, a été trompé, tué, et son corps jeté dans le Nil. Ce fut un deuil tout d’abords pour Isis, qui entreprit alors une longue quête pour retrouver le corps de son époux, mais aussi pour les Hommes et les Dieux. De plus, le roi étant mort sans héritier, qui devrait lui succéder ? Bien sûr, Seth se proposa, mais s’il peut compter Rê parmi ses soutiens, le dieu-soleil n’est pas un tyran et il sait que les autres dieux d’Egypte ne peuvent pas encadrer Seth. C’est donc une période de deuil et d’instabilité qui s’empare du monde. L’équinoxe, en délimitant la fin de l’été, marque la fin définitive d’un passé à jamais révolu. Et comme ce qui attend Isis et Horus, une suite de défis ininterrompus à relever pour arracher la victoire et la justice et instaurer un nouvel âge d’or. Dans le mythe osirien les rôles des différents protagonistes nous éclairent et nous guident. Isis, en tant que celle qui découvre le corps d’Osiris, peut nous aider à identifier ce qu’on doit laisser derrière nous. Anubis, le premier momificateur, étant aussi celui qui guide le défunt jusqu’à la salle où sera pesé son coeur, peut nous assister dans nos transformations. Enfin, Horus, celui qui obtient la défaite de son ennemi, peut nous accorder la force de volonté pour être victorieux de nous-même.

Cette méditation sur le sens funéraire de l’équinoxe m’a amené à repenser à Thot, qui décidément ne me lâche plus. Thot, esprit et langue du Démiurge, est aussi celui qui enregistre le résultat de la pesée du coeur. Esprit du Créateur, il est le Savoir que sa compagne, Seshat, met par écrit et garde en sécurité dans les bibliothèques des temples. Progresser dans la quête du savoir, sur le chemin de Thot, c’est se rapprocher de celui dont il est l’esprit, Atoum. Celui qui émergea de l’abyme des possibles en prenant conscience de lui-même, devenant la toute première conscience, et qui créa. En passant l’épreuve de la pesée du coeur, le défunt est reconnu juste et devient l’égal des dieux, au milieu desquels il peut vivre. Alors il devient l’égal d’Atoum, le Premier qui a émergé des eaux au tout Premier Jour. L’eau semble avoir été, de par mes lectures sur les cultes isiaques au travers de l’Empire, un élément central. C’est au final complètement logique. L’eau du Nil restant au dessus des autres, toute eau est la matérialisation en ce monde de l’eau du Noun. C’est étonnant que les grecs n’aient pas associé Poséidon à Osiris, celui dont le Nil émerge du corps. Ou alors Sobek, qui en tant que dieu du Nil et de la région du delta est à la fois un dieu fertilisateur mais aussi un carnassier insatiable. D’autant plus que, s’il n’aura pas eu une grande carrière internationale comme Isis ou Anubis, il connut un grand succès chez les grecs d’Egypte. Peut-être qu’étant trop lié à son animal sacré, lui-même trop lié à la terre égyptienne, il n’était pas aussi facilement exportable.

Publié par : chemou | 23 septembre 2018

C’est le bordel

Une fois de plus, je regrette de ne pas être suffisamment riche pour ne pas avoir plus de temps pour lire. Mais peut-être est-ce un bien, car plus j’avance et plus je lies, et plus l’Ordre est remplacé par le bordel dans mon environnement spirituel. Il me semble tellement loin ce temps, sur Ta-Noutri, où tout me semblait clair ! Comme la mer sans cesse changeante, les divinités qui m’apparaissaient comme des piliers sûrs finissent par s’évanouir, m’obligeant à reconstruire encore et encore. En était-il de même lorsque Rome, s’étendant de la Brittanie au Moyen-Orient, s’ouvrit aux dieux et déesses des quatre coins du monde ? J’imagine que oui, car au final je ne pense pas que l’humain ai beaucoup changé malgré les siècles.

Mais ces périodes de changement et de chaos apparent sont certainement normales et inévitables, comme Seth doit lutter avec Horus pour que ce dernier soit justifié. En avançant et en progressant, on voit plus nettement la complexité des choses, et plutôt que de prendre peur et faire marche arrière, il faut sans cesse continuer à avancer. Car au final, n’est-ce pas le but de toute la tradition égyptienne ? En devenant un dieu parmi les dieux, en devenant un Juste-de-voix ou en pénétrant leurs mystères, on accède à leur niveau de vision des choses. Inévitablement, ça semble incompréhensible pour quelqu’un qui n’a pas entrepris son cheminement. D’ailleurs, une des façons de devenir un dieu pour les égyptiens était de trouver le livre de Thot. Évidemment cela ne se faisait pas facilement, et sa lecture n’allait pas sans conséquence, mais quand on sait ce qu’on veut …

L’approche de l’Hermétisme dans mon voyage était peut-être déjà « prévue », la prochaine étape logique dans mon cheminement. Alliance des connaissances et des mystères du dieu ibis et des talents de communiquant du dieu marcheur, cette figure divine n’est-elle pas l’expression, finalement, de la volonté de l’élite intellectuelle égyptienne de l’époque de faire sortir la science sacrée des temples dans lesquels elle était enfermée pour lui permettre de survivre à ces temps de bouleversements ? L’hermétisme serait apparut en Égypte au 3ème siècle avant J-C, quand Rome conquiert tout juste l’Italie et commence sa lutte avec Carthage. Mais l’ Égypte, elle, est déjà vieille et au crépuscule de son indépendance. En tant que Celui-qui-complète-l’Oudjat, Thot est peut-être aussi celui qui complète les êtres.

Mais assez parlé de Thot, parlons un peu d’Hermès ! Si je devais l’associer à une seule divinité d’un seul autre panthéon, ce serait sans conteste Odin. Dieu des voyages, du commerce, de la parole et de la filouterie, ils se ressemblent beaucoup. De ce que j’ai pu trouver, le secret de son nom n’est pas encore connu, mais il semblerait que le dieu ne soit pas d’origine grecque. Certains pensent toutefois que son nom viendrait du grec herma : tas de pierres, borne frontière, ce qui expliquerait son lien avec les voyages. Ces tas de pierres qui se trouvaient le long des routes furent finalement remplacés par des piliers quadrangulaires avec tête(s) et organes virils. Assez inhabituel dans la statuaire grecque non ? Avec un petit effet statue-cube. Surtout que, vous aurez noté le (s), ces piliers pouvaient avoir jusqu’à quatre têtes. Il possède également des épithètes expliquant selon moi son association à Thot (mais pour les deux premiers j’ai aussi trouvé des significations incohérentes) :

– Acacésien : signifierait « bienveillant » ou « intelligent » ;

– Argiphonte : signifie « qui gonfle dans la clarté » et relie le dieu à la lune ascendante ;

– Phutalmios : signifie « qui fait pousser » ce qui peu s’appliquer à la richesse , mais pourquoi pas aussi à d’autres choses ?

Hermès étant aussi le dieu des coups de chance (hermaion), il est également psychopompe et oniropompe. Au final, c’est vrai qu’il s’associe plutôt bien au Seigneur-du-calame. L’Hermès Trismégiste était donc la face plus spirituelle que matérielle du dieu grec. Mais aussi, car Hermès est dit philandros, Thot-Hermès devait être le visage plus sociable du dieu retiré dans son temple !

Publié par : chemou | 13 septembre 2018

Mystère lunaire

Originaire de la ville de Khemenou, qui sera plus tard appelée Hermopolis Magna par les grecs, Thot est, de par ses liens avec la lune, une divinité complexe car relié par cet astre à tout un tas de divinités diverses. Commençons déjà par admettre que son nom égyptien, Djehouty, n’a jamais pu être décrypté ne serait-ce qu’en partie par les égyptologues. Ou par aucune autre discipline s’il était d’une origine extra-égyptienne. Ce qui nous retire un moyen de compréhension du dieu. Par contre, par curiosité j’ai cherché l’orthographe de la ville du dieu, et si je ne saurais la traduire, elle comporte le chiffre 8 (qui est très significatif pour la suite), le vase « nou » (comme dans noun) et le déterminatif de la ville.

Thot est donc un dieu lunaire. Possédant originellement la forme de l’ibis, il récupérera celle du babouin en incorporant le dieu babouin Hedjour (grand blanc), divinité lunaire également. Dans la mythologie, après que Rê ai quitté ce monde suite à la rébellion des humains, le dieu solaire proclame Thot comme son successeur, sûrement parce que la lune succède au soleil pour éclairer le ciel. La lune étant également l’œil d’Horus, le dieu ibis dispose de plusieurs épithètes en rapport avec son apparition dans le mythe osirien : Celui-qui-compte-les-parties-de-l’œil, le Remplisseur, Celui-qui-complète-l’Oudjat. Son lien avec la lune et ses cycles en fait également un dieu du temps, du calendrier, de l’astronomie, et par là de la science en générale. D’ailleurs il est aussi le Seigneur-des-paroles-divines, soit des hiéroglyphes, soit de l’écriture.

Son lien à la science et à l’écriture lui accorde plusieurs épithètes : Seigneur-du-calame, Celui-qui-compte-les-années-les-mois-les-jours-les-heures-et-les-minutes. Par un autre épithète (Celui-qui-compte-le-temps-de-vie) il est aussi lié au destin, « le souffle de vie étant dans son poing, Chaï et Renenoutet auprès de lui. » Les mois lunaires utilisés pour le calendrier religieux ne collant pas exactement avec l’année solaire, deux mythes ont été élaborés par les égyptiens pour expliquer ce décalage. Dans l’un d’eux, Thot a raccourci le mois lunaire pour s’approprier une partie des offrandes destinées à Rê, dans l’autre, la lune étant aussi liée à Osiris, Thot aurait carrément volé des morceaux du cadavre du dieu assassiné (Hermès es-tu là ?). Maître du temps, c’est par son action qu’auraient été créés les jours épagomènes permettant à Nout de donner naissance à Osiris, Isis, Seth, Nephtys, et selon certaines versions du mythe Horus l’Ancien.

Dieu de l’écriture, il est aussi le dieu des langues et est donc celui qui a donné à chaque peuple son langage et sa manière de l’écrire. Cela fait aussi de lui le dieu de la magie et de la Loi. Il est dit être la langue et l’esprit du démiurge, et dans certains contes il est le rédacteur d’un livre qui, s’il était lu et surtout compris par un mortel, ferait de lui un être quasi-divin.

En fait, en fouillant dans mes livres, Khemenou aurait pu signifier La Ville des Huit. En effet l’Ogdoade serait née dans cette cité et serait morte non loin une fois son office accomplie. Composée de quatre couples divins, les dieux ayant une tête de grenouille et les déesses une tête de serpent, ils représentaient l’étendue d’eau initiale d’où émergea la Création, l’infinité, les ténèbres, et ce qui est caché. Bref, l’univers avant la Création. De l’eau émergea la terre, où l’Ogdoade fit pousser un lotus. De ce dernier naquit Rê. D’un autre bouton de Lotus naquit une naine, avec laquelle Rê donna naissance à Thot.

Pourquoi cet article alors que, du duo Thot/Seshat j’avais toujours penché vers la seconde ? Parce que dernièrement je me suis intéressé à l’hermétisme antique, et donc à Thot-Hermès Trismégiste. Comme je l’ai déjà également dit notamment à propos de Sérapis, j’ai du mal avec le syncrétisme. Surtout quand là Hermès est associé à non pas une mais deux divinités (Thot et Anubis). Bien sûr je ne nie pas les liens entre eux : les deux sont reliés à l’Au-Delà, à la communication, et à la filouterie dans une certaine mesure … Mais quand même. En Germanie, les historiens ont retrouvé des attestations d’un Mercurius Cimbrianus qui aurait été identifié à Odin. A la limite, assimiler Thot à Odin directement, pourquoi pas, mais peut-être est-ce dû à ma méconnaissance du dieu grec. Surtout que la figure hermétique à l’air bien plus axée sur la Connaissance que sur le commerce et la harangue.

Publié par : chemou | 17 août 2018

Celui de l’eau

Cela faisait quelques temps que cela ne m’était pas arrivé, mais un nouveau dieu est venu se manifester à moi, continuant de développer le « quartier romain » des divinités qui me sont importantes. Je n’ai pas autant de livres sur les divinités romaines que je le voudrais (et que je pourrais lire, surtout si je veux avancer dans tous les panthéons qui m’intéressent !) du coup je vais faire surtout avec le net (sites et fora). Au fait, comme vous l’aurez sûrement compris avec le titre, je vais parler de Neptune.

Je vais essayé de faire un truc un minimum construit donc je vais commencé par l’étymologie de son nom. Car le nom de quelque chose c’est juste méga important selon moi. Bon donc ça commence mal déjà car il y a plusieurs théories sur l’origine de son nom :

– son nom proviendrait du latin nuptus, une forme verbale liée au mariage ;

– il viendrait de l’indo-européen neptu (substance humide, liquide ?) ;

– toujours de l’indo-européen, il pourrait provenir de nebh (nuage) ce qui le relierait à la pluie ;

– son origine serait l’appellation de son équivalent étrusque Nethunus, lui-même venant du nom de la cité Nepete qui aurait vu naître 2 héros, fils du dieu. Cette dernière hypothèse ne fait pas vraiment l’unanimité, par contre, les autres, si elles semblent s’exclure, ne sont pas si antagonistes que ça. Originellement dieu des eaux douces, il est très tôt identifié au Poséidon grec (dès le 5ème siècle avec J-C, soit la période républicaine).

Sa fête, les neptunalia, était célébrée le 23 juillet. Les romains dressaient des huttes de branchages dans un bois et pique-niquaient et buvaient du vin ensemble, sans distinction de sexe, pour se prémunir de la chaleur estivale. Il faisait aussi partie des 4 dieux romains auxquels le peuple pouvait sacrifier un taureau, les autres étant Apollon, Mars et Jupiter.

Neptune avait 2 parèdres, Salacia et Venilia, également donnée parèdre de Janus. La première aurait représenté les eaux agitées (latin salax : sauter, jaillir, et serait aussi l’origine du mot salace) et salées (latin salum). La seconde quant à elle contrôlerait les eaux calmes, les vents (ventus), et aurait des caractéristiques vénusiaques (latin venia : grâce, faveur, pardon, bienveillance). Les déesses pourraient aussi ne former aussi qu’une seule et même divinité, les différents noms ne servant qu’à expliciter ses domaines de compétence, étant eux-mêmes, par extension, ceux de Neptune. Quoi qu’il en soit, l’association de Neptune avec sa/ses parèdres, sans oublier l’ambiance particulière de sa fête, donne au dieu, en plus de sa fonction je dirais, purement élémentaire de dieu de l’eau, un rôle de dieu fertilisateur. Ce qui est logique, en un sens. Et c’est aussi ce qui pourrait expliquer son lien avec les chevaux (conducteur de chevaux = conducteur de la fertilité ? Et ce ne sont pas les nordiques qui avaient un rituel de fertilité impliquant un pénis de cheval ?) et les taureaux. De plus l’eau douce, qu’elle provienne du ciel ou de la terre, associée aux animaux énoncés précédemment me font penser à l’agriculture.

Il existe aussi une théorie faisant venir le dieu de Phénicie par l’intermédiaire de Mycènes, malheureusement je ne possède pas le livre où cette thèse est présentée, mais on peut trouver des infos sur le net anglophone. Originellement Enki, dieu sumérien de l’eau, Poséidon sera vénéré à Beyrouth, à Delos (sous le nom Poséidon d’Ascalon), par les marins et les marchands phéniciens, ce qui en faisait plutôt un dieu des marins que de la mer en elle-même. Par contre là pour le coup, je demande à voir toutes les transformations subies par le dieu. Mais d’un autre côté, sans avoir vu bien sûr la théorie dans le détail, ça n’est pas capillotracté de voir un dieu de la mer protéger les marins et leurs activités.

Bon, maintenant que tout ça a été dit, passons au côté plus personnel. Déjà, les circonstances dans lesquelles m’est apparu le dieu sont à la fois assez bizarres et en même temps complètement dans le thème. En effet, c’est pendant que je m’astreignait à ma séance de natation hebdomadaire qu’il est venu me voir. Et si Isis est aussi une déesse protectrice des marins, elle est plutôt une déesse aérienne. Neptune est une divinité quasi élémentaire, dans le sens où il est le dieu de l’eau, mais dont le domaine de compétence s’étend par association au-delà de ce strict milieu aquatique comme par exemple avec la fertilité, l’agriculture, mais aussi, par la protection des marins, au commerce et à la guerre. L’eau, qu’elle soit douce ou salée, est une aussi une manifestation de l’eau du Noun, l’abîme aquatique dont tout provient, même les divinités ! Cela ne concerne que moi bien sûr, mais entre le silence, la simili-gravité, et la sensation de l’eau enlaçant tout son corps, je trouve la natation vraiment apaisante et relaxante.

Et du coup, m’apparaissant ainsi, il a de suite trouvé sa place dans la compagnie des dieux que je loue. Ce n’est pas quelque chose de sourcé dans le sens où à ma connaissance aucun temple lui étant dédié n’a été retrouvé en Normandie mais, sans que cela ne soit le fruit d’une réflexion, je l’ai de suite considéré comme parèdre de Cybèle en tant que divinité tutélaire de ma Normandie natale. D’où, pour ceux ayant visité dernièrement le forum semat-ankhti, mon petit sujet sur ma région. Mais de toute façon, c’était un dieu de l’Empire, comme elle était une déesse de l’Empire. Et puis bon je ne sais pas vraiment fonctionnaient les divinités poliades gréco-romaines, mais en Égypte elle s’organisaient toujours en couple avec enfant. Ce dernier ne s’est pas encore manifesté, ou peut-être qu’il l’a fait bien avant ses parents et que je ne l’ai juste pas encore identifié en tant que tel.

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